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Texte Libre

Jeudi 8 juin 2006
5

LETTRES DE SOUVENIRS

en vacances au lac de Parentis

Photo: collection personnelle.

Année 1940

Au jour de l’an, quatre mois que la guerre est déclarée et, pratiquement, rien ne se passe. L’inaction commence à peser à nos soldats, ce n’est pas bon pour le moral. Le Commandement crée le « Théâtre aux Armées » ce qui permet à quelques artistes (démobilisés pour l’occasion ) de venir se produire dans les régiments, mais assez loin des lignes de feu cependant. Enfin on voit arriver, venant de la zone des armées, les premiers permissionnaires. Certes, on ne peut pas dire qu’ils ont mauvais moral, ils se demandent surtout quand et comment tout cela va finir. Quand ils sont en ligne, les patrouilles, les travaux d’aménagement du   terrain, la pose de mines les occupent mais lorsqu’ils reviennent au repos à l’arrière, à part jouer au football ou aux cartes, 

 Le 10 mai, la nouvelle éclatait comme un coup de tonnerre. Hitler a attaqué la Hollande, la Belgique et le Luxembourg.  

 

 

 

 

Du 10 mai au 25 Juin 1940

Je me souviens très bien de ce 10 mai. Le Printemps est vraiment là, un soleil éclatant dans un beau ciel bleu. Quel contraste avec le coup de tonnerre dont la radio, à longueur de journée, se fait l’écho. Les armées allemandes ont commencé à envahir la Hollande, la Belgique et le Luxembourg, précédées par des bombardements aériens et des lâchers de parachutistes. Certes les mines sont graves mais ce n’est pas l’affolement. Les Français ont confiance en leur armée et en leurs alliés britanniques. Et puis, ne leur a t’on pas dit et répété que « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts »  Pourtant, la gravité va succéder à l’inquiétude. Les Panzers balaient tout sur leur passage, appuyées au plus près par les « stukas » (avions d’assaut qui attaquent en piqué.)  La Belgique, dont une fois de plus la neutralité vient d’être violée, a demandé l’aide de la France qui lui envoie des troupes.

  

A Mont de Marsan rien n’a changé, il est vrai que, par rapport à la ligne de feu nous sommes à l’autre bout de la France, mais on sent les gens très préoccupés.  Les jours passent, les nouvelles sont de plus en plus mauvaises. Les bulletins d’information de la radio sont tous précédés de ce passage de la Marseillaise : « Aux armes citoyens ! » répété  plusieurs fois sans les paroles et ces six notes : « sol, sol, sol, mi, do, ré » finissent par résonner comme un glas dans mon cœur d’adolescents. Les vois des speakers sont graves qui nous font suivre la foudroyante progression  en direction de la mer des blindés allemands qui, après avoir franchi la Meuse, foncent plein ouest et, par Amiens et Abbeville atteignent la Manche le 25 mai, 15 jours seulement après le début de leur offensive. Les Allemands appellent cela la Blitzkrieg (guerre éclair) et force est de reconnaître qu’elle mérite bien ce nom.

  

 Nous sommes en juin. Après un court répit les Panzers repartent vers le sud. Les communiqués militaires nous parlent de repli de nos troupes sur « des positions préparées à l’avance » mais, de plus en plus, le pessimisme succède au doute. Quelques réfugiés réussissent à arriver jusque dans notre sud-ouest et ce qu’ils racontent avoir subi (désordres, pagaille invraisemblable sur les routes encombrées d’enfants, d’autos, de camions, le tout sous les attaques incessantes des Stukas qui, dans un hurlement d’apocalypse lâchent leurs bombes en piqué puis mitraillent en rase motte) n’est pas fait pour remonter le moral.

  

 Tout va maintenant très vite. Le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux le 10 Juin. Le 14 juin, Paris est déclarée « ville ouverte » plus rien n’empêche les Allemands d’y pénétrer.

 

 

  Nous sommes pétrifiés, assommées, sans voix, un sentiment d’impuissance mêlé de honte nous submerge. Comment une grande nation comme la France a t’elle pu être humiliée à ce point, en un mois ? Certes il y a bien quelques unités qui continuent, avec succès souvent, de s’opposer à l’avance Allemande, mais il s’agit de cas isolés, aucune manœuvre coordonnée ne peut plus être réalisée. On le sent bien au ton de la radio, c’est la débandade. Le 16 juin, le Maréchal Pétain, devenu chef du gouvernement à la suite de la démission de Paul Raynaud, s’exprime à la radio dans ces termes : « Il faut cesser le combat. » Je l’écoute avec les enfants Schoettel, nous avons tous les larmes aux yeux et Jacques me dit : « Qu’allons nous devenir, nous, Alsaciens ? » Très rapidement, l’Armistice est signé le 24 juin. L’Angleterre seule poursuit héroïquement la lutte. Les Allemands sont aux portes de Bordeaux Le 25 ils sont à  Mont de Marsan et à la frontière franco-espagnole.

  

 Les premiers Allemands que je vois sont des motocyclistes montant deux side-cars, casqués et bottés, vêtus d’un imperméable gris vert très ample. Ils sont très jeunes (à peine plus de vingt ans je présume.) Les passagers des side-cars ont à leur disposition une mitrailleuse, les pilotes sont armés d’un pistolet mitrailleur porté en bandoulière. Sur leurs casques ils portent les deux éclairs, qui deviendront tristement célèbres, des SS et sont des éléments de reconnaissance avancée d’une division d’infanterie.

  

 Dès le lendemain, un important détachement de cette division s’installe à la caserne Bosquet et, dans les rues, on les voit défiler impeccablement ( il faut bien le reconnaître) en chantant. Ils ont reçu l’ordre de leur commandement de se monter particulièrement « Korrects » avec la population et en effet, je n’ai pas le souvenir d’un quelconque incident à l’époque.

 L’Armistice est onc signée et les hostilités ont, en principe, cessé. Toutefois, les derniers occupants de la ligne Maginot (qui, finalement, n’aura servi à rien) pris à revers, ne se rendront que le 30 juin. J’entends dire qu’un général français, parti à Londres, a, le 18 juin, lancé un appel à la résistance. Personnellement, je n’ai pas entendu cet appel car les Allemands, depuis longtemps déjà, brouillent la BBC. Bien plus tard, j’apprendrai que ce général se nomme de Gaulle.

 

 

  

Du 25 juin au 31 décembre 1940

Très rapidement, l’armée allemande prend l’entière possession de la ville de Mont de Marsan, ville importante à leurs yeux car située exactement sur la ligne de démarcation (Demarkation Linie) qui, partant de la frontière suisse à hauteur du lac de Genève, passant par Chalon sur Saône, Moulins, Bourges, Vierzon, le sud de Tours, Poitiers, Angoulême, Langon, Mont de Marsan et Orthez, atteint à Saint Jean Pied de Port la frontière espagnole, partageant ainsi la France en deux zones qui prennent les noms de Zone Libre et Zone Occupée.

  

   Tout d’abord, l’Alsace et la Lorraine, comme en 1870 sont annexées par l’Allemagne et cessent donc d’être françaises. Le choc, chez nos amis Schoettel est profond. Toute la famille pleure à chaudes larmes lorsqu’ils apprennent que, très rapidement, comme tous les autres Alsaciens-Lorrains évacués en 1939, il va leur falloir bientôt, le temps que les dégâts causés par la guerre soient réparés et que les moyens de transport soient mis en place, regagner Mulhouse, qui ne sera plus Mulhouse, mais Mulhausen. Pour Marcelle, Jacques, Pierrot et leurs parents, c’est un déchirement et, pour moi, un véritable crève-cœur. Nous avons tant de choses en commun, nous sommes tellement attachés les uns aux autres.

 

Le mois de juin, la présence militaire se renforce. Les Allemands réquisitionnent les plus beaux hôtels, les plus belles demeures. Ils savent où ils vont, ils sont bien renseignés, et de longue date.  Le couvre-feu est instauré, plus aucun civil n'est autorisé à circuler après 21 heures, sauf de très rares exceptions. Les contrevenants, arrêtés par les nombreuses patrouilles, sont amenés, soit à la Kommandantur pour y cirer les bottes des soldats, soit à la caserne pour y peler les pommes de terre dans les cuisines de l'armée. Ils ne seront libérés qu'à 6 heures le lendemain matin.

 

Les armes détenues par les civils doivent être remises à la Kommandantur mais certains, malgré les terribles sanctions promises aux contrevenants, prendront le risque d'enterrer leurs fusils, dûment graissés, dans des coins connus d'eux seuls. Toutes ces mesures font l'objet d'affiches jaunes, imprimées en noir, placardées un peu partout.

  

Les vivres se raréfient dans le courant, des mois de juillet, et août, sucre, beurre, nouilles, viande, café, chocolat, pommes de terre sont devenus difficiles à trouver et on parle de plus en plus de la mise en place prochaine de cartes de rationnement. Oranges et bananes ont totalement disparu, tous les ports de la façade Atlantique, Manche et Mer du Nord étant fermés au trafic commercial. L'essence aussi se fait très rare, réservée (avec parcimonie) aux services d'urgence ‑ médecins et pompiers notamment, les autres (rares) propriétaires de voitures doivent les laisser au garage, ou alors, les transformer en véritables monstres par l'adjonction de cylindres verticaux imposants, installés à l'avant du véhicule, leur permettant d'utiliser comme carburant les gaz issus de la combustion en vase clos du charbon de bois. C'est le fameux principe du ''Gazogène'' que les transporteurs et taxis seront bien obligés d'utiliser s'il veulent subsister.

  

Dans mon travail, peu de changement; la Kommandantur exige néanmoins que les prisonniers civils incarcérés pour « actes anti francais » soient, libérés... ils ne sont d'ailleurs pas, fort heureusement, très nombreux

  

Chaque jour, sous les fenêtres du Tribunal, je vois, j'entends passer les “abteilungen” sections,  compagnies SS qui, tête nue, en survêtement uniforme et en chantant à plusieurs voix, sans la moindre cacophonie, vont faire du sport, au stade de l'Argenté tout proche. Il faut reconnaître que leur discipline, leur allure martiale en imposent et on en vient même à comprendre pourquoi nous avons été battus. Chez ces soldats, ce n'est pas de l’à-peu-près mais de l'extrême rigueur. Chose nouvelle pour nous Français, on voit arriver très vite dans les états majors et unités de transmissions allemandes les premières auxiliaires féminines, femmes soldats, que nous avons tôt fait, de baptiser “les souris grises” à cause de leur uniforme gris et non « feldgrau » comme celui des hommes.

 

Courant août les Schoettel sont avisés d'avoir à se tenir prêts à retourner chez eux au début du mois prochain un convoi de rapatriés devant se former en gare de Mont de Marsan.  A contrecœur, ils font  leurs bagages. Ils veulent encore croire qu'un miracle les empêchera de partir. Jacques va avoir 13 ans il n'envisage pas un seul instant, que la guerre, qui continue avec l’Angleterre, puisse durer assez  pour qu'il soit contraint d'y participer puisque considéré à présent, comme sujet allemand.

  

Evidemment la presse et la radio, entièrement aux ordres des Allemands, racontent avec force détails la tragédie et, inutile de dire que, dans  l'affaire, les Allemands se donnent le beau rôle, insistant sur la perfidie anglaise, oubliant leur propre ignominie. Mais à vrai dire, cette propagande ne trompe personne et le sentiment général est que la flotte française aurait rallier  l'Angleterre au lieu de se laisser bêtement détruire. A de rares exceptions près  personne n'en veut aux Anglais, au contraire on les comprend car ils supportent seul le poids de la guerre et l'on sait bien que, malgré l'Armistice, l’ennemi est, et reste l'Allemagne. La bataille d'Angleterre fait toujours rage et ce ne sont, pas les rodomontades de Goering, chef de la Luftwaffe, qui empêchent les Français de penser, avec juste raison, que la RAF fait bien mieux que simplement “tenir le coup”.

  

On voit, apparaître une première affiche rouge imprimée en noir. La première d'une longue série hélas, elle annonce que, à la suite d’un attentat commis à Paris contre un officier allemand, un certain nombre d'otages ont été fusillés.

 

 

 Début septembre, le jour du départ, est arrivé pour les Schoettel. A pied, n'ayant avec eux que quelques valises (20 kg de bagages par personne) ils se rendent, à la gare où je les accompagne. Nous sommes tristes, très tristes. Nous sentons qu'une page de notre vie se tourne. Je me souviens d'avoir dit à Jacques ce jour là « L'Alsace redeviendra françaises, Jackie et j'aimerais être de ceux qui la libéreront. » Simple espoir de ma part ?  Ou prémonition  peut-être ?

  

Le ciel est gris, à l'image de nos cœurs.  Dernières embrassades, derniers déchirements, derniers « au revoir »,  derniers baisers envoyés de la main alors qu'ils montent dans le compartiment qui leur est attribué. Un long coup de sifflet qui brise le cœur,  le convoi s’ébranle doucement. Ceux qui, comme moi, ont accompagné quelqu'un, baissent la tête, les yeux pleins de larmes Ils sont partis! Quel va être leur destin? Je viens de perdre mes grands, mes meilleurs amis,  Il ne me reste plus qu'à attendre la lettre que Jackie doit m'envoyer lorsqu'il sera arrivé et me donner sa nouvelle adresse. Je quitte lentement la gare comme on quitte un cimetière.

  

L'été s'achève lentement. J'ai 17 ans, à cet âge là, l'appétit de vivre est toujours le plus fort. Mon travail prend à nouveau toute mon attention et mes loisirs consistent essentiellement à aller de temps à autres au cinéma, voir quelques-uns des films français ou américains autorisés par la censure allemande.

  

 Comme je ne travaille pas le samedi, je pars à vélo vers Villeneuve (gros bourg de 3 à 4000 habitants environ) où j'espère pouvoir acheter mes Gitanes Vizir. A la barrière de la Ligne de Démarcation, il n'y a, pour l'instant, qu'un léger poste de garde d'une douzaine de soldats aux ordres d'un “unteroffizier” (sous-officiers) il n'y a qu'une seule sentinelle de service, relevée périodiquement et qui, l'arme à la bretelle, fait des va-et-vient devant la barrière fermée. Le sous-officier, lui, contrôle les Ausweiss des gens qui, comme moi, se présentent pour passer, procède à une rapide palpation des vêtements pour s'assurer que l'on ne transporte rien de répréhensible en posant la question qui me sera maintes fois posée : “Nicht letters ?” (Pas de lettres?). En effet, tout échange de correspondances entre les deux zones est strictement interdit. Ne  sont autorisées que les fameuses “cartes Inter Zones” qui, pré imprimées, sont prévues pour qu'il ne soit possible que de donner des nouvelles de la santé de la famille en remplissant les “blancs” laissés dans le message pré imprimé. Ces cartes mettront un certain temps pour parvenir à destination ou seront détruites par la censure allemande pour peu que l'envoyeur ait cru bon d'ajouter quelque chose en dehors des “blancs” prévus.

Les sous officiers me donnent à lire les revues éditées par leur service de propagande, entre autres une revue de la Luftwaffe qui s'appelle “Der Adler” (L'Aigle) qui, alors que la bataille d'Angleterre bat son plein, magnifie les exploits de leurs pilotes de chasse. Je feuillette aussi leur revue “Signal”, toute aussi pleine des “hauts faits d'armes” de leur Wehrmacht, avec aussi, bien sûr de grandes photos couleur d'Hitler admirant Paris qu'il vient de conquérir, depuis l'esplanade du Palais de Chaillot, puis rencontrant le Général Franco à Hendaye enfin serrant la main du Maréchal Pétain à Montoire. Bref, je suis désormais bien connu d'eux et mes passages de la ligne de démarcation s'en trouvent grandement facilités : pas de fouille ou, alors, parfaitement symbolique.

  

Le 11 novembre n'est pas fêté :Verboten ! (défendu). La radio et les journaux nous apprennent quand même qu'à Paris quelques étudiants qui, à l' Arc de Triomphe de L'étoile,  ont voulu passer outre à l'interdiction ont, été durement dispersés.

 

 

 

Noël approche. Le père Noël sera vraiment très pauvre et rare seront ceux qui feront réveillon.. D'ailleurs, because couvre feu, la « messe de  minuit » aura lieu à 18 heures le 23 décembre. Triste Noël, triste jour de l’an.

 

 

 

 

 

 

Récit : Raymond Lescastreyres

Par Lisa Decamps - Publié dans : Témoignages
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Mardi 6 juin 2006
5

"LETTRES DES SOUVENIRS"

Année 1939.

avec Pierre Schöettel.

Photo personnelle: En Septembre 1939, à Mont de Marsan avec Pierre Schöettel.


 

 

 

Lorsque notre fille aînée, Nina, alors âgée de quinze ans, eut à étudier la seconde guerre mondiale pour un projet de son cours d’histoire en classe de fifth form  2001 au Lycée de Northcote à Auckland, Nouvelle Zélande, nous lui avons suggéré qu’elle demande à son grand-père maternel, Raymond, de lui raconter quelques-unes de ses aventures durant cette époque. Raymond, le père de ma femme Marie-France avait en effet joint l’armée française au début de la seconde guerre mondiale et avait pris sa retraite militaire quelques quarante années plus tard avec le grade de Colonel. Marie-France ne connaissait que peu de la vie de son père durant ces années de guerre mais se doutait bien qu’il ne refuserait pas d’aider sa petite fille dans ses recherches. 

 

 

 

 

 Cette histoire commence donc durant l’été 1939 alors que le jeune Raymond Lescastreyres n’avait pas tout à fait seize ans, l’age qu’avait Nina lorsqu’elle reçu la première lettre…  

Olivier Duhamel  

 

Août 39, Je vais avoir seize ans. J’ai terminé mes études de sténo-dactylo comptable que j’ai suivies à l’école Pigier à Mont de Marsan, chef-lieu du département des Landes où vit ma mère. 

 

 

 

 Muni de mes diplômes, en attendant de trouver un emploi à Mont de Marsan, je suis en vacances à Parentis en Born où je suis né et où vit mon père. Quand je dis « vacances », je les passe essentiellement à me faire un peu d’argent de poche en travaillant à Biscarosse, à la base aéronavale  des Hourtiquets, situé au bord du lac de Parentis-Biscarosse. Je fais chaque jour le chemin aller et retour à vélo. (25 Km)

  

 

     Le soir, rentré chez moi, je lis le journal « La Petite Gironde » que mon père reçoit chaque jour. Certes, les nouvelles ne sont pas bonnes. En 1938, donc un an plus tôt, la guerre avait été évitée de justesse, mais le sentiment est de plus en plus général que, cette fois, elle va devenir inévitable. Chez mon père il n’y a pas la radio mais le journal nous en apprend suffisamment et après l’annexion par Hitler des Sudètes puis de la Slovaquie, les bruits de bottes se font très précis, trop précis à la frontière germano-polonaise. En France on est confiant, la ligne Maginot est considérée comme imprenable, notre alliance avec l’Angleterre est très solide et nos gouvernants comptent beaucoup sur le contrepoids que pourrait exercer l’URSS pour freiner les ambitions allemandes et même s’y opposer. 

 

 

 

 Oui, nous sommes confiants, bien trop confiants. Fin Août 1939 c’est un coup de tonnerre ! L’Allemagne et L’URSS viennent de signer un pacte de non-agression et, désormais, plus rien ne fait obstacle aux visées expansionnistes de L’Allemagne. Le 1er septembre, Varsovie est bombardée et les Panzerdivisonen (Divisions blindées allemandes) entrent en Pologne. Le 2 Septembre, la guerre est déclarée à l’Allemagne par l’Angleterre et la France où la mobilisation générale est décrétée.

 

 

 

 Tous les hommes valides de 20 a 48 ans sont mobilisés mais, les moyens de transport existants ne peuvent permettre de les déplacer tous en même temps aussi, à l’issue de leur service militaire (qui a l’époque dure 2 ans) sont ils tous munis d’une brochure (un fascicule, c’est le terme employé par l’autorité militaire) où sont mentionnés, en cas de mobilisation générale (jourJ) le jour où ils doivent se mettre en route et le régiment qu’ils doivent rejoindre. Ces dates varient du jour J pour les plus jeunes qui viennent juste de terminer leur service militaire, jusqu'à J+8 pour les plus âgés.

 

 

  Les départs s’étalent donc sur plusieurs jours et, à la gare, train après train, je vois partir des parents, des amis, des voisins que leurs mères, épouses, sœur ou enfants accompagnent. Certes, c’est loin d’être la joie, loin de là, mais l’opinion générale est qu’il faut donner enfin une bonne leçon à Hitler, que cette guerre qui commence ne durera pas longtemps (une affaire de quelques mois pense t’on généralement) et que les partants seront bien vite de retour. En tous cas, 21 ans après la fin de ce que, en France, on appelle la Grande Guerre, personne n’imagine que celle qui vient d’être déclarée puisse durer, comme elle, plus de quatre ans.

 

 

 

 Les camions, autos et chevaux sont aussi réquisitionnés. Des équipes spécialisées examinent l’état matériel des véhicules, l’état sanitaire des chevaux, retiennent ce qui leur convient, restituent ce qui ne leur convient pas.

 

 

 En quelques jours le village se trouve vidé de ses forces vives. A part quelques affectés spéciaux échappant au sort commun pour assurer la pérennité des services essentiels (transport, énergie, santé, sécurité entre autres), il ne reste plus que les femmes qui prennent le relais des hommes, les enfants qui doivent apprendre à mûrir plus vite, les vieillards qui doivent se remettre, s’ils le peuvent encore, au travail, et les estropiés ou malades, dont il faut bien s’occuper. Pour ce qui concerne ma famille, mon père, qui a prés de 59 ans, n’est pas mobilisable. Il continue son métier de résinier ( Il récolte la résine des pins pour le compte d’un propriétaire, entre mars et octobre, un travail de forçat particulièrement mal payé, si mal payé que, depuis 40 ans il a totalement disparu de France où personne n’a plus voulu le pratiquer.) De novembre à février, il travaille à l’abattage des pins, travail tout aussi éreintant mais mieux payé.

 

  Avec la guerre, la base aéronavale devient exclusivement militaire, mon travail prend fin. Vers la mi septembre je reviens chez ma mère à Mont de Marsan où je trouve de suite un emploi de secrétaire dactylo au greffe du tribunal.

 

  

 

De septembre 1939 au 10 mai 1940 - la “drôle de guerre”. 

Le 14ème Régiment. de Tirailleurs Sénégalais, gros régiment d'environ 1.500 hommes, qui tenait garnison à Mont de Marsan. a, dès le premier jour de la mobilisation, pris la direction de l'Est de la France. Il ne reste plus à la caserne Bosquet qu'un petit détachement chargé de récupérer et d' acheminer vers le front tous ceux qui n'ont pu partir avec le gros de la troupe, car dans les hôpitaux ou en permission à ce moment-là. 

 

 

C'est, aussi l'époque ou nous voyons arriver les premiers Alsaciens réfugiés. En effet, dès la déclaration de guerre, le gouvernement a décidé d'évacuer tous les habitants des villes et villages d'Alsace et de Lorraine situées entre la ligne Maginot et la frontière allemande. Chaque région de l'intérieur a reçu son lot de réfugié et,  à côté de chez moi, une famille des environs de Mulhouse, les Schoettel, est hébergée dans une grande maison dont une partie est inoccupée. Le père, Emile, qui doit avoir la cinquantaine, était  employé des services administratifs, la mère, apparemment sans profession, s’occupe des ses trois enfants, Marcelle, 14 ans, Jacques, 12 ans et Pierre, 10 ans, qui  très rapidement vont devenir mes amis.

  

 

 Au tribunal, mon travail m’amène à prendre connaissance de dossiers concernant ces faits de défaitisme et d’appel à la désobéissance. Dans ma jeune tête je souhait que ces individus soient durement sanctionnés car je ne puis admettre que de prétendu Français puissent souhaiter la défaite de leur pays. La radio nous apprend qu’un traître Français, du nom de Ferdonnet, s’exprimant sur les ondes de radio Stuttgart, promet le pire aux soldat Français et les incite à déserter, sans grand effet, il va sans dire.

  

 

 L’automne est là. Quand je ne travaille pas, avec les Schoettel nous profitons des derniers beaux jours pour nous baigner dans la Midouze à la Sablière et à jouer à Tarzan dans les arbres. La vie continue  son cours à peu près normal. A l’ aérodrome de Mont de Marsan une école de formation de pilotes de chasse a été créée, les futurs pilotes s’entraînent sur de petits monoplans. De temps à autres, hélas, nous entendons parler d’accidents parfois mortels.

  

 Octobre passé, voici novembre et la célébration du 11 novembre 1918. 21 ans après, à nouveau la guerre. Qui l’aurait cru ? Pierre Schoettel, le petit Alsacien, a, pour l’occasion, mis un calot kaki frappé d’une cocarde tricolore que sa mère lui a confectionné et marche d’un pas martial en chantant : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, car malgré vous, nous resterons Français. Vous pourrez bien germaniser la plaine, mais notre cœur vous ne l’aurez jamais.» Cette image, plus de soixante ans après, je la revois comme si elle datait d’hier.

Et voici décembre, c’est toujours la « drôle de guerre », activités de patrouilles, coup de mains de « corps francs. » Par la presse nous apprenons que chaque régiment qui se trouve au contact direct de l’ennemi a mis sur pied un « corps franc » constitué de volontaires, de gars qui « en veulent », chargé de pénétrer, de nuit, dans les lignes ennemies, y tendre des embuscades, y faire des prisonniers et les ramener, poser des mines, rapporter des renseignements. 

 L’hiver commence à se faire rude dans le Nord et à l’Est. La ligne Maginot initialement prévue pour interdire toute incursion allemande entre la Suisse et le Luxembourg, n’a pas été construite au-delà, vers la mer du nord. En effet on a, à l’époque, considéré, d’une part que le massif des Ardennes constituait un obstacle suffisant interdisant tout franchissement à un ennemi venant de l’Est, d’autre part, la Belgique étant neutre, on supposait que l’Allemagne, contrairement a ce qui s’était produit en 1914, respecterait enfin sa neutralité. Tout de même, au vu de ce qui vient de se passer en Pologne, bien tardivement, le Haut-Commandement français se met à douter du fair-play allemand et décide (il est bien tard) de prolonger la ligne déjà existante, aussi, vaille que vaille, on va donc construire à la hâte quelques blockhaus sur les routes qui mènent de France au Luxembourg et en Belgique. Malheureusement ils ne seront pratiquement d’aucune utilité quand le besoin s’en fera sentir. 

 

 

 

 

 

 

Témoignage: Raymond Lescatreyres. Source: Souvenir de guerre d'un  jeune français dans la Seconde Guerre Mondiale

  

 

Par Lisa Decamps - Publié dans : Témoignages
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Vendredi 2 juin 2006
5

ATTENTAT CONTRE HITLER

20 Juillet 1944


 

 

Dessin: auteur inconnu

 

 

 

 


Des militaires antinazis



Malgré douze ans de dictature et de terreur, le Führer n'a jamais pu rallier à sa cause la noblesse militaire prussienne, attachée à ses traditions et à son honneur, ni les démocrates sincères, portés par la foi chrétienne. Il a dû aussi combattre les défections et les manigances de ses plus proches collaborateurs, comme Rudolph Hess ou Hermann Goering. Les uns et les autres ont sans trêve comploté contre le dictateur, non sans parfois payer très cher leur audace.



Le comte Helmuth von Moltke, descendant du maréchal qui conduisit les armées prussiennes à la victoire en 1870, écrit dans un document retrouvé après son exécution : «Pour nous, l'image de l'Europe d'après guerre dépendra de la façon dont nous pourrons rendre à nos concitoyens le respect de l'homme»

 

L'attentat du 20 juillet 1944, baptisé «Opération Walkyrie», est le plus spectaculaire de tous ceux qui ont visé Hitler. Les conjurés veulent tuer Hitler pour renverser le régime et établir à sa place une dictature conservatrice en rétablissant éventuellement la monarchie. Ils espèrent faire la paix avec les Anglo-Américains tout en continuant la guerre contre l'Union soviétique. 

 

Parmi les conjurés figurent plusieurs hauts gradés comme les généraux Beck, Goerdeler et surtout le comte Claus von Stauffenberg (36 ans). Issu d'une vieille famille de l'aristocratie souabe, celui-ci découvre en Russie, pendant l'hiver 1941/1942, la brutalité des SS et se lie à des groupes de comploteurs. Bien que catholique fervent, il est convaincu de la nécessité d'assassiner Hitler et y voit le seul moyen de retourner l'armée contre le régime nazi.

 

Stauffenberg combat aux côtés du maréchal Rommel en Afrique, où il perd un oeil et une main. Ne voulant pas renoncer à son projet d'attentat, il rentre en Allemagne en 1943 et obtient d'être affecté à l'état-major de l'armée de terre avec le grade de colonel. Nommé en juillet 1944 chef d'état-major de l'armée de réserve du général Fromm, il a désormais accès aux conférences de la Tanière du Loup.

 
Entre temps, le groupe de conjurés a été rejoint par le prestigieux maréchal Erwin Rommel, le «Renard du désert». Nazi convaincu, il a acquis la conviction que la guerre était perdue et en a conclu qu'il était temps pour lui de se détacher de Hitler. Son chef d'état-major, le général Hans Speidel, s'associe également au complot. A la différence de Stauffenberg, toutefois, l'un et l'autre persistent à croire en la possibilité d'une paix séparée avec les Occidentaux.



Malchance

 

 
Stauffenberg participe ce 20 juillet 1944 à la conférence militaire habituelle. Celle-ci a été avancée à 12h30 au lieu de 13 h, en raison d'une visite de... Mussolini. Le dictateur italien doit arriver en train à 14h30 à Rastenburg. En raison de la chaleur de l'été, la réunion se tient dans un chalet en bois et non dans un bunker en béton... Le moment venu, Stauffenberg en personne dépose une valise piégée près de Hitler, sous la table autour de laquelle se déroule la conférence. Puis il quitte la pièce sous le prétexte de donner un coup de fil.

La valise dérangeant un des militaires, celui-ci la déplace de sorte qu'elle est désormais séparée de Hitler par le lourd support en chêne de la table. Lorsque se produit l'explosion, à 12h 42, les parois du chalet sont soufflées, ce qui amoindrit la puissance de l'explosion. Et le Führer, protégé par le pied de la table, n'est en fin de compte que légèrement blessé.


Stauffenberg a vu le chalet se volatiliser et des corps expulsés par les ouvertures. Il est convaincu qu'il ne reste plus personne de vivant à l'intérieur et, sans perdre une minute, se rend à Berlin dans l'intention de participer au soulèvement. A son arrivée à l'aéroport, trois heures plus tard, il téléphone aux autres conjurés et apprend, consterné, que ceux-ci n'ont pas osé déclencher le soulèvement faute de certitude sur le sort de Hitler.

 
Beaucoup de participants à la conférence ont été tués ou grièvement blessés mais celui-ci et le général Keitel qui se tenait à ses côtés ont eu une chance inouïe... Quand Mussolini arrive pour ce qui sera la dernière rencontre des deux dictateurs, il est accueilli par un Hitler surexcité, le pantalon en lambeaux, les cheveux roussis, le bras paralysé... Les deux hommes, après une phase d'agitation, s'installent pour le thé. C'est alors qu'arrive de Berlin l'information selon laquelle l'armée se serait soulevée. Aussitôt, les dignitaires présents (Ribbentrop, Doenitz,...) s'envoient des reproches et des injures à la figure sous le regard de Hitler, silencieux.


Répression



A Berlin, Stauffenberg, suppléant à l'inertie de ses complices, a fait arrêter son supérieur, le général Fromm... mais il a négligé de couper les communications téléphoniques avec le Grand Quartier Général et de se saisir de la radio. Le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, reprend habilement la main et retourne en sa faveur l'officier venu l'arrêter. A 18h30, la radio annonce que Hitler vient d'échapper à un attentat. A Prague et Vienne, les généraux qui avaient entamé le soulèvement font machine arrière.


Le ministre de l'Intérieur, Heinrich Himmler, prend le commandement de l'armée de l'intérieur. Les troupes investissent le quartier général de la conjuration, la Bendlerstrasse. Stauffenberg est exécuté sur place ainsi que d'autres chefs de la conjuration. Le général Beck est contraint au suicide. A 1h du matin, Hitler lui-même s'exprime à la radio et annonce une sévère répression. Il tiendra parole.

 
Le 8 août, un premier groupe de conspirateurs passe en procès devant le Tribunal du Peuple, présidé par Roland Freisler, celui-là même qui condamna les étudiants de la «Rose blanche». Ils sont immédiatement pendus.


Le 14 octobre, le maréchal Erwin Rommel sera sommé de se suicider. Eu égard à sa grande popularité, Hitler lui accordera des funérailles nationales. L'amiral Wilhelm Canaris, ancien chef de l'Abwehr (le service de renseignement) est lui-même soupçonné de participation au complot. Il sera envoyé au camp de concentration de Flössenburg où il sera pendu le 9 avril 1945.

 

 

 Au total, la Gestapo aurait procédé à 7.000 arrestations suite à l'attentat du 20 juillet et 5.000 personnes auraient payé de leur vie cette tentative tardive de se débarrasser du tyran et de laver l'honneur de l'Allemagne. Plus déterminé que jamais, Hitler mènera l'Allemagne jusqu'au bout de sa folie.

 

 

 

 

 

 

 

Source : www.herodote.net

Par Lisa Decamps - Publié dans : HISTOIRE
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Jeudi 1 juin 2006
5

"MA DERNIERE VIE"

 

Couverture de livre: auteur inconnu

 

 

 

Durant la deuxième guerre mondiale, 23.000 volontaires quittèrent clandestinement la France occupée pour rejoindre les Forces Françaises Libres en Afrique.

Traversant les Pyrénées au péril de leur vie, internés des mois dans les prisons franquistes, ils s’engagèrent dès leur délivrance dans la toute jeune 1ère Armée Française et marchèrent aux côtés des Alliés à la reconquête d’un monde libre.  



Pendant quatre ans, du Maroc au cœur de l’Autriche, ils écrivirent les plus beaux chapitres de notre histoire contemporaine, mais aussi les plus lumineuses pages de leur Vie, miroitantes de courage, d’espoir et de victoires. Près de la moitié d’entre eux y laissèrent la vie.

 

Mais la Mémoire est sélective. Certains faits ont pris le pas sur d’autres, laissant ces hommes sur les rives de l’Histoire.

 
Méconnus, incompris, ignorés, ils devinrent bientôt, sans s’en défendre, les oubliés de la gloire.

 

Malgré cette ultime blessure, ils portèrent à jamais en eux l’inaltérable honneur de n’avoir pas posé les armes pendant les années sombres de leur jeunesse. Une jeunesse qu’ils avaient laissée en chemin.

 

Mon père, chauffeur d’officier, était l’un d’entre eux. Il avait vingt-deux ans. Je lui offre aujourd’hui humblement ma voix pour que revive son authentique aventure.

 


Les commémorations du 60e anniversaire de la Libération, en juin 2004, éveillèrent en moi une foudroyante nostalgie. Je le constatais douloureusement : j’avais presque oublié que mon père avait fait partie de ces soldats, acclamés, embrassés au bord des routes de France, et qu’il avait été, comme eux, jeune, souriant et admiré, au volant de sa jeep !

 

Quelles routes avait-il parcourues pour en arriver là ? Je l’ignorais. Je n’avais que des réminiscences de ses rares récits, de pudiques évocations qui m’avaient laissé entrevoir des chemins moins réjouissants que ceux des dix-sept jours de liesse du mois d'août 44...

 

Après mille recherches, j’allais reconstituer son parcours chevaleresque. Consultation des Archives militaires à Paris, rencontres émouvantes avec d'anciens camarades, accueil bienveillant de descendants d'officiers et entretiens passionnants, échanges d’informations sur Internet, courriers en Espagne, voyage en Autriche et une collection de livres incontournables, me permirent de réaliser au fil des mois mon improbable projet.

 
C'est avec honneur et fierté que j'ai fait revivre dans cet ouvrage la Mémoire sacrée de mon Père, ainsi que celle de ses camarades, celle de son unité, celle enfin de la trop méconnue 1re Armée Française.

 

 

 

Source : Frédérique LEON GUITTAT

Pour vous procurer le livre:

Frédérique LEON GUITTAT
51 rue Victor Hugo
38920 CROLLES
r-fre-dt.guittat@wanadoo.fr
Tél : 04.76.08.89.96


 

 

 

 

Par Lisa Decamps - Publié dans : Témoignages
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Mercredi 31 mai 2006
5

"LES JUSTES"

 

 

 

Affiche: DR

 

 

 

 

 

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, le silence qui entourait la persécution dont les Juifs étaient victimes semblait signifier que l'Europe avait sombré dans la peur et l'indifférence ou la collaboration. Pourtant dans chacun des pays concernés, des hommes et des femmes se sont levés, choqués par les exactions dont ils étaient les témoins. Une exposition au mémorial de la Shoah leur rend hommage.

En France, tout particulièrement, les Justes furent nombreux, permettant ainsi aux deux tiers des Juifs de survivre à la Seconde Guerre mondiale en dépit de la contribution apportée par le gouvernement de Vichy à la déportation des Juifs de France. Depuis plus de quarante ans, au nom de l'Etat d'Israël, le Musée Mémorial de Yad Vashem honore ces hommes et ces femmes en leur décernant le titre de Juste parmi les Nations, sur la foi des témoignages de ceux qui ont été sauvés. À ce jour, près de 21 000 Justes ont été ainsi reconnus dans le monde.
Le Mémorial leur rend hommage à partir du 9 mai 2006, par l'organisation d'une grande exposition temporaire et d'un cycle de films et de conférences.



L'exposition temporaire



L'exposition Les Justes de France retrace le parcours et les actions de sauvetage de plus de 50 Justes, organisés en réseaux ou individuels. L'hébergement dans des maisons, fermes, institutions ecclésiastiques ou à l'échelle d'un village, l'intervention au sein même des camps d'internement, le passage clandestin des frontières, la fabrication de faux-papiers civils ou religieux… furent autant d'actions qui permirent le sauvetage de milliers de personnes.

 




Des extraits du film Les Justes d'Emmanuel Finkiel, ainsi que plusieurs entretiens ponctuent le parcours tandis qu'une base de données des Justes de France accessible en plusieurs points de l'exposition permet l'accès aux biographies contenues dans le Dictionnaire des Justes de France.
Une exposition conçue par le Mémorial de la Shoah, sous la direction de Lucien Lazare, historien, ancien combattant de la Résistance française, membre de la commission pour la désignation des Justes pour le Mémorial de Yad Vashem. Avec le concours du Musée Mémorial de Yad Vashem, Jérusalem, et en partenariat avec le Comité français pour Yad Vashem.

 



Le mur des Justes



Le Mémorial de la Shoah inaugurera, en mai 2006, le Mur des Justes portant les noms des 2693 Justes de France reconnus par Yad Vashem depuis 1964 jusqu'en décembre 2005. Complémentaire du Mur des Noms déjà érigé à l'entrée du Mémorial, il prend appui sur le grand mur de schiste vert bordant le parvis du bâtiment au Nord, du côté de l'allée des Justes.
Il est constitué de 37 plaques de bronze et 9 plaques vierges prévues afin d'acceuillir chaque année les noms des personnes nouvellement honorées. 2 plaques expliactives, situées à chaque extrémité de l'accrochage, complètent cet ensemble.

 




Cycle de projections et conférences



Afin d'accompagner l'exposition consacrée aux Justes de France, le Mémorial de la Shoah propose un cycle de films et de conférences sur une thématique élargie à l'ensemble de l'Europe. Au total, près de 50 œuvres cinématographiques traitent par le documentaire ou la fiction du destin de ces hommes, femmes, organisations humanitaires, institutions religieuses ou laïques, diplomates ou encore anonymes qui ont ouvert leurs portes aux Juifs persécutés. Des conférences, rencontres et débats en présence de réalisateurs, d'historiens, de témoins de cette période de l'histoire, d'enfants cachés et de Justes, viennent enrichir ce programme.

 

 

 

 

 



Source : Mémorial de la Shoah

 

Par Lisa Decamps - Publié dans : Actualités
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