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Texte Libre

Jeudi 29 juin 2006
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MAX GUEDJ

Photo : auteur inconnu

Né le 8 juin 1913 à Sousse, en Tunisie, Max Guedj, bien que passionné d'aviation, suit des études de droit qui l'amènent à devenir docteur en droit, puis avocat.
A la mobilisation, ayant effectué son service militaire dans l'aviation à Metz, il espère continuer sur cette voie, mais on l'affecte au 21e régiment de Zouaves. Il révèle vite ses talents de chef-né en accédant rapidement au grade de sergent, mais il n'aura pas l'occasion de se battre contre l'envahisseur allemand.


Démobilisé en août 1940, la défaite lui laisse un goût amer. Retrouvant le barreau, Max Guedj veut rejoindre la France Libre. Il prétexte une plaidoirie à Tanger, d'où il quitte le continent africain et rejoint Lisbonne, en territoire neutre. De là il gagne l'Angleterre et s'engage dans les FAFL le 26 septembre 1940. Il adopte le surnom de « Maurice » pour éviter les représailles contre sa famille restée en Afrique du Nord. Il rejoint le camp d'entraînement d'aviation d'Odiham, où il est promu sous-lieutenant en août 1941.

 


Le 19 février 1942, il est affecté au Sqn 248, dépendant du Coastal Command. Ce Squadron est équipé de Beaufighter VI, et le Pilot Officer Maurice volera le plus souvent avec le même observateur, le Flight Sergeant Corder.

 


Participant à plusieurs attaques contre la Kriegsmarine, Max Guedj se fait remarquer le 17 mai 1942, en attaquant à plusieurs reprises deux contre-torpilleurs d'escorte du Prinz Eugen, en mer du nord. En août 1942, le Sqn 248 est basé à Malte, où il assure la protection des convois chargés d'approvisionner l'île. Le 11, il se fait à nouveau remarquer en détruisant 3 avions au sol au cours d'une attaque de grande envergure sur les aérodromes d'Elmas et de Decimomannu.
De retour en Angleterre en janvier 1943, il est nommé lieutenant, et reprend les missions d'attaque contre la Kriegsmarine et les patrouilles de protection des convois au-dessus du golfe de Gascogne. Le 10 mars, il abat un Ju 88 au cours d'une de ces patrouilles. Bien que légèrement blessé, il parvient à ramener son avion endommagé à son terrain, équipage indemne. Suite à cet exploit, Max Guedj reçoit la DSO en même tant que sa DFC.

 


Au cours du même mois, il est envoyé au repos en tant que Squadron leader du N° 132 OTU (Operational training unit). Il apprend à ses élèves combien il est important de bien savoir tirer, et obtient un taux d'efficacité de leur part jamais dépassé dans les autres OTU. Il apprend le décés de son père, torturé à mort par ordre du gouvernement de Vichy.

 


Il est de retour au Sqn 248, le 12 février 1944, qui fini d'être transformé sur Mosquito FB VI. Il est nommé capitaine par les FAFL en mai 1944, et la RAF le nomme " Squadron leader acting Wing Commander " en juillet.
Le 6 décembre 1944, il est nommé à la tête du Sqn 143 de la Wing de Branff, mais ayant reconnu depuis longtemps ses qualités de meneur d'homme, les Britanniques lui donnent des responsabilités de Wing Commander. Il mène d'ailleurs le plus souvent possible son escadre au combat.

 


Le 15 janvier 1945, Max Guedj est porté disparu, avec son observateur le Flight Lieutenant Langley. Il est à la tête de sa Wing lors d'une mission d'attaque contre la Kriegsmarine dans le port norvégien de Leirvik. Cinq Mosquito seront abattus par des Fw 190 basés depuis peu en Norvège. L'avion du Wing Commander « Maurice », le K/143, sera vu une dernière fois avec trois Fw 190 à ses trousses.

 

 

 

 

 

sources : Icare n°152. Les pilotes de chasse de 39-45

 

 

Par Lisa Decamps - Publié dans : BIOGRAPHIES
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Mardi 27 juin 2006
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MARIE MADELEINE MERIC

OU LE RESEAU "ALLIANCE"

 

Photo : auteur inconnu

 

 

 

Née le 8 novembre 1909 à Marseille, Marie-Madeleine BRIDOU est élevée dans des institutions religieuses. En 1937, elle est secrétaire générale d’un groupe de publications dirigées par le commandant Georges LOUSTAUNAU-LACAU. C’est de ce saint-cyrien qu’elle recueille la charge du réseau Alliance dont elle fait, au service de l’Intelligence Service britannique, l’Arche de Noé, forte de trois mille agents dont quatre cent trente-huit mourront pour la France tels Alfred JASSAUD, le Bison de "L’Armée des ombres" qui avait dit : "La victoire, c’est le sacrifice". Issue de la grande bourgeoisie, l’ancienne responsable du périodique L’Ordre national s’aperçut vite que trop de ses anciennes relations rêvaient de "tâches de rénovation en commun" avec les occupants nazis. À Vichy, elle fut envahie par "une douleur pétrie d’humiliation et de rage impuissante".



Chef d’état-major clandestin de LOUSTANAU-LACAU qu’elle remplace après son arrestation, elle ne remet jamais en cause le principe d’une affiliation directe "aux Anglais qui seuls conduisaient la guerre", et ce n’est qu’en avril 1944 que le S. R. Alliance est intégré aux services spéciaux de la France combattante. Les femmes et les hommes d’Alliance veulent livrer un "combat sans idole", complémentaire de l’action nationale du général de GAULLE, mais ils sont plus dans la ligne du général GIRAUD qu’ils aident à quitter la France. Les questions de souveraineté nationale ne sont pas du ressort de ces techniciens du renseignement dont le premier chef avait soutenu que plus il y aurait de mouvements parallèles, plus la France libre serait forte. Lorsqu’elle devient gaulliste à part entière, M.-M. FOURCADE est amenée à regretter ces "barrières absurdes" et le tournoi entre Français "pour conquérir l’honneur d’être les plus forts face à l’adversité".
Le S.R. Alliance organise le quadrillage en secteurs de la zone non occupée pour recueillir des informations, faire tourner des courriers, organiser le passage d’hommes et de renseignements tant à travers la ligne de démarcation qu’à travers la frontière espagnole. Le cœur du réseau est la centrale de renseignements où s’analysent les données recueillies et se préparent les missions en fonction des demandes britanniques. Opérationnelle à Pau au début de 1941, elle fonctionne ensuite à Marseille puis à Toulouse avec un P.C., un point de chute, des points d’hébergement et de filtrage. Les six personnes du noyau de base de juin 1940 se retrouvent plus de cinquante dès la Noël de 1940. "Unis dans l’allégresse d’une confiance inébranlable", ils sont les recruteurs de près de trois mille agents. L’improvisation due à la défaite oblige à "n’utiliser que des volontaires, parfois plus turbulents qu’efficaces", mais la conception des noyaux – une source, une boîte aux lettres, un transmetteur, un radio pour les urgences - donne des résultats très positifs, même si les insuffisances du cloisonnement facilitent la répression.
À l’automne de 1941, le réseau de M.-M. FOURCADE, ce sont six émetteurs radio qui transmettent à Londres et l’esquisse d’une aérospatiale clandestine par avions lysanders.

 

 

 


Ce sont les agents de liaison qui sont chargés des services les plus ingrats : "des milliers de kilomètres par voie ferrée, des attentes interminables aux rendez-vous, des transports à vélo incessants de plis et de matériel compromettants".
Dévouement et sens de l’organisation donnent des résultats. Les renseignements s’ordonnent par secteurs : air, mer, terre-industries-résultats de bombardements-transports en cours d’opération-psychologique-politique. Les indications sur les U-Boot présents en Méditerranée, sur ceux des bases de Lorient et de Saint-Nazaire servent à la guerre anti-sous-marine conduite par les Alliés pour protéger les convois de l’Atlantique. D’autres renseignements facilitent l’interception des renforts italiens envoyés à Rommel, permettent la connaissance précise des travaux de l’organisation Todt pour le mur de l’Atlantique et la mise au point d’une carte renseignée détaillée pour la zone du débarquement en Normandie (elle faisait 17 mètres de longueur !). Tous les auteurs de cette carte tombent ensuite aux mains de la police allemande, Gibet dans le langage codé du réseau. Ils sont massacrés à la prison de Caen, le 7 juin 1944. Le premier des quatre cent trente-huit martyrs du réseau est Henri SCHAERRER, fusillé le 13 novembre 1941 pour avoir livré de précieux renseignements sur les sous-marins allemands. L’Abwehr, la Gestapo et la police française provoquent des hécatombes à l’automne 1943 : plus de trois cents arrestations paralysant cinq centres émetteurs. Le réseau paye un lourd tribut d’arrestations, de déportations, de morts.
Malgré la peur et le chagrin, l’Alliance – Arche de Noé dont tous les membres portaient des noms d’animaux – se resserre autour de Marie-Madeleine FOURCADE, alias Hérisson. Des opérations en lysanders et en sous-marins, des émissions de radio manifestent que le réseau continue. Après trente-deux mois de clandestinité, Hérisson connaît Londres, où elle s’irrite des "antagonismes criminellement puérils des services secrets" et perçoit que ses camarades ne sont que "la chair à canon du Renseignement". Soixante-quinze agents principaux, huit cents secondaires, dix-sept postes travaillent en juin 1944.
C’est une des raisons qui la fait revenir sur le terrain, en Provence, avant le débarquement d’août 1944 et qui l’incite à poursuivre des missions dans l’Est après la libération de Paris.

 

 

 



La victoire de 1945 permet de découvrir des charniers d’agents, et Hérisson plonge dans un "abîme de douleur" pour établir le sacrifice de quatre cent trente-huit des siens, du benjamin Robert BABAZ (20 ans) à la doyenne Marguerite JOB (70 ans) et au doyen quasi octogénaire, Albert LEGRIS, ou à des familles entières, tels le père et les trois fils CHANLIAU, agriculteurs. Pour Marie-Madeleine FOURCADE, les survivants sont la priorité absolue. Elle contribue à arracher un statut pour les veuves et les orphelins ; en 1948, on en compte dix-huit mille dépendant du comité des œuvres sociales de la Résistance.
Elle fait homologuer les trois mille membres de son réseau et les actions de ses héros qui ont lutté dans l’ombre, librement disciplinés, "l’imperméable pour uniforme".
Elle continue à travailler pour l’Intelligence Service qu’elle avertit de menées communistes en 1946-1947. Elle se lance surtout dans l’aventure gaulliste, animant pour le R.P.F. la campagne du timbre. Après le retour du général de GAULLE, elle intègre la convention républicaine dans l’Union pour la Nouvelle République et siége au comité central de l’U.N.R. Elle est l’une des représentantes R.P.R. à l’Assemblée des Communautés européennes en 1981-1982 et préside la Défense des intérêts de la France en Europe.
Présidente du Comité d’Action de la Résistance à partir de 1963, Marie-Madeleine FOURCADE fédère dans ce comité une cinquantaine d’associations ou d’amicales d’anciens résistants. Elle contribue à éclairer la réalité du nazisme et du génocide juif. C’est dans cette perspective qu’elle est, en 1987, témoin à charge au procès BARBIE. Elle y fait preuve de la même vigueur que dans ses luttes passées et dans le récit des activités de son réseau paru chez Fayard, en 1968, sous le titre "L’Arche de Noé".

 



Marie-Madeleine FOURCADE a lutté jusqu’au bout, en militante, notamment pour une solution pacifique de la crise libanaise. Elle est morte le 20 juillet 1989. Première femme dont les obsèques ont eu lieu en l’église Saint-Louis-des-Invalides, à Paris, où son corps, porté par des soldats du contingent, fut salué par les tambours de la garde républicaine, Marie-Madeleine FOURCADE a ainsi reçu un hommage exceptionnel. Au-delà de l’affliction personnelle exprimée par le Président de la République, la présence aux Invalides de toutes les tendances de la Résistance a marqué qu’elle restait un emblème unificateur de l’Armée des ombres, fidèle au message du commandant Faye, son compagnon supplicié : chassez les bourreaux, servez la France "pour y faire revenir la paix, le bonheur, les chansons, les fleurs et les auberges fleuries".

 

 

 

 



Par Charles-Louis FOULON (Encyclopaedia Universalis)

Source: Mémoire et espoirs de la Résistance

 

 

 

Par Lisa Decamps - Publié dans : BIOGRAPHIES
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Vendredi 23 juin 2006
5

MUNICH LE COMMENCEMENT DE LA FIN

Photo: auteur inconnu

 

 

Le 29 septembre 1938, lorsque débute la conférence de Munich, l'Europe se prépare à la guerre. Hitler revendique alors une partie de la Tchécoslovaquie : les Sudètes. Chamberlain, Daladier vont pourtant céder au führer. La Tchécoslovaquie est alors alliée de la France. Elle lui a promis son aide en cas d'agression.
La position de Daladier
au mois d'avril n'est pas favorable à l'apaisement : "Si la France et la Grande-Bretagne continuent de s'incliner devant la violence, si l'esprit politique qui leur est commun est inspiré par la faiblesse, elles ne feront que précipiter de nouveaux appels à la force et en préparer le succès" déclare-t-il en Angleterre.


La crise des Sudètes débute le 11 septembre lorsqu'Hitler déclare ses prétentions sur la région, présentée à Berchtesgaden au premier ministre anglais le 15 septembre. Les 22 et 23 septembre, à Bad Godesberg, le chef d'Etat allemand se montre encore plus décidé .

 


Des membres du cabinet anglais se divisent sur l'attitude à adopter tandis qu'une majorité au gouvernement français se dégage en faveur d'un front de résistance. Le ministre des affaires étrangères Georges Bonnet prend la tête de ceux qui défendent la paix, opinion majoritaire.

 


La conférence a lieu à la Führerhaus, un palais à la gloire d'Hitler. Mussolini et Hitler se sont rencontrés quelques temps plus tôt. Daladier se sent vite déboussolé par l'attitude distante de Chamberlain. Il décrit ainsi Hitler : "une mèche tombant sur le front, le visage dur et fermé, le geste saccadé, la voix rauque".

 

 

 


Mussolini propose ensuite un texte de compromis qui suggère l'organisation d'un plébiscite. Après une pause demandée par les Français pour réfléchir (durant laquelle il n'y eut point de contacts avec les Anglais), les Français acceptent une partie du projet. Les Allemands veulent faire évacuer les districts à majorité allemande en Tchécoslovaquie ; Chamberlain se borne à défendre les intérêts économiques anglais.

 

 

 


A 1h30, les accords sont signés. Daladier paraphe le texte sans se faire d'illusions : "J'avais vu Hitler -dit-il. Il répondait exactement à l'idée que je m'en faisais. C'était un homme décidé à tout. Il ne reculerait devant rien."
L'accord comprend les plébiscites et la cession d'importants territoires entre le premier et le dix octobre. Après la signature, les Tchèques sont introduits dans la salle : "Cela ressemblait à une lecture de verdict de tribunal, rapporte Daladier. Chamberlain fit une brève allocution, s'efforça d'expliquer les termes de l'accord. Les Tchèques furent dignes, mais Mastny (le représentant tchèque) ne put retenir quelques larmes...".

 

 

 


Les firmes industrielles les plus dynamiques se trouvent dans la zone cédée.
Chamberlain se fait acclamer à son retour à Londres en déclarant "It is peace for our time". Il avait entre temps conclu un accord de non-agression avec les Allemands. Daladier chuchote au Bourget où la foule est nombreuse et heureuse pour l'accueillir un mémorable : "Ah les cons, s'ils savaient !...".

 

 

 

 

Source: www.histgeo.free.fr  

 

 

 

Par Lisa Decamps - Publié dans : HISTOIRE
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Jeudi 22 juin 2006
5

IMMA MACK

 

 

 

Eingang zur KZ-Gedenkstätte Dachau © dpa

 

Photo :  camp de concentration de Dachau

 

 

 

 

 

La religieuse allemande Imma Mack, qui s'était illustrée pendant la Seconde Guerre mondiale en aidant les détenus du camp de concentration nazi de Dachau, est décédée mercredi soir dans son monastère bavarois à l'âge de 82 ans, a-t-on appris jeudi auprès de l'archevêché.

Née en 1924 dans une famille opposée au nazisme, Imma Mack n'avait que 20 ans lorsqu'elle avait risqué régulièrement sa vie en faisant entrer clandestinement de la nourriture, des médicaments et des hosties dans le camp de Dachau, en Bavière (sud), à une époque où elle se préparait encore à la vie religieuse.

Envoyée à Dachau pour y récolter les légumes et fruits alors cultivés dans le jardin du camp, elle avait constaté l'extrême dénuement des prisonniers et s'était alors résolue à revenir régulièrement pour leur apporter de la nourriture en cachette. "Je n'y ai pas beaucoup réfléchi, je voulais simplement aider", aimait-elle à répéter.

En décembre 2004, elle avait été élevée au rang de chevalier de la Légion d'honneur française pour son "courage" et son "engagement" sous l'Allemagne nazie. Elle avait également reçu l'an dernier la distinction allemande de l'Ordre du mérite.

 

Source: Yahoo actualités

Par Lisa Decamps - Publié dans : BIOGRAPHIES
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Mardi 20 juin 2006
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SPAHI DE LECLERC

 

Photo : auteur inconnu

 

Pierre Ghémard est né en 1920 à Paris. Sa mère s'appelait Élisabeth Louise Ghémard, elle avait 25 ans, elle venait du nord. Il n'a jamais su le nom de son père (après 14-18 les hommes étaient devenus rares). Elle l'a placé chez une nourrice champenoise à Lusigny et puis un jour elle a cessé de donner de ses nouvelles.



La nourrice était âgée et pauvre mais elle avait la richesse du coeur. Elle l'a gardé avec elle malgré l'opposition de son fils déjà adulte qui cessa alors de lui venir en aide.La loi voulait qu'il ait un tuteur, ce fut Maître Jules Babeau, président de la Société de patronage des libérés et de enfance coupables ou abandonnés.

 



Mon père est resté longtemps au fond de la classe sans que l'instituteur s'occupe de ce petit bâtard. Et puis un jour, est arrivé un nouveau maître qui s'est intéressé à lui. Il a été reçu premier du canton au certificat d'étude et en 1930, premier du canton, c'était un bâton de maréchal !Il fit ensuite quelques petits boulots à l'hôpital de Troyes puis, à 18 ans, désirant découvrir le monde, il s'engagea et parti en Syrie dans le 1er Régiment de Spahis Marocains.

 



On disait alors poliment que la Syrie était un protectorat français. Les spahis avaient en fait le rôle de troupes d'occupation plus que de protection. La troupe étaient encadrée par des officiers français et elle comportait des Français dans ses rangs mais les spahis étaient pour moitié d'origine Nord Africaine.

Et puis la guerre arriva, sans conséquences directes pour les troupes en Syrie qui ne connurent pas la «drôle de guerre» et la défaite.L'Armistice ne fut d'abord pas comprise, mais elle fut finalement rapidement acceptée. Quand un officier proposa à l'unité ou était alors mon père (Escadron Hors Rang du GRDI 192) de rejoindre les Anglais, ils ne furent que deux à sortir du rang. Parti le 28 juin, le 1er juillet il était en Palestine chez les Anglais. Le 1er Escadron de Spahis aux ordres du Capitaine Paul Jourdier  passera presque en entier en Palestine le lendemain. Il rejoindra donc cet escadron, le premier et longtemps le seul de ce qui allait devenir le 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains.

Leurs premiers combats les opposèrent aux Italiens, au Soudan puis en Érythrée et ils livrèrent probablement les dernières charges à cheval de l'armée française, au sabre et au mousqueton  . Dans le carnet qui faisait office de journal de marche de l'escadron, il est cité comme «brigadier signaleur» .



Sans doute rattrapé par son coté bon élève, il fut ensuite affecté au Quartier Général de la division, la 1ere Division Française Libre. La 1ere parce que la seule. Leclerc, de l'autre coté de l'Afrique, n'avait même pas assez d'effectifs pour faire une division.



Le combat suivant fut sans doute beaucoup plus douloureux. Ses anciens camarades de régiment qui n'avaient pas pris la même décision que lui, étaient dans le camp des adversaires. Vichy avait autorisé les Allemands à utiliser ses aéroports de Syrie et son armement. Les Anglais ne pouvaient que réagir, et De Gaulle ne pouvait pas les laisser entrer seuls dans un territoire contrôlé par la France. Mon père partit donc se battre contre l'armée de Vichy, contrairement à son engagement dans les FFL qui stipulait qu'il ne serait pas utilisé dans des opérations contre les forces françaises.

Quand les spahis du 1er RMSM  furent attachés à la 2e DFL qui deviendra la 2e DB., il les rejoignit au 5e Escadron, mais mécontent du rôle qu'il devait y jouer, il demanda «à être remis 2e classe, et muté dans un bataillon de chars. Motif : j'ai été nommé sous-officier étant employé dans un état major sans faire aucun cours et je n'ai aucune aptitude pour faire un gradé» ???



Il se retrouva donc au volant d'une auto mitrailleuse, 2e classe du 4e escadron commandé par Horace Savelli  et qui venait du Sud saharien avec Leclerc.Puis ce fut la longue traversée de l'Atlantique, suivant un grand arc de cercle frôlant les côtes américaines pour s'éloigner le plus possible de la menace allemande. Le plus étonnant, c'était ces ballons captifs traînés par les bateaux pour gêner les attaques des avions. Il eut largement le temps de perfectionner sa tactique au bridge.



Enfin la campagne de France, conduisant son automitrailleuse. Son escadron est parmi les premiers engagés et subit de lourdes pertes en Normandie. Ensuite, il participe aux premières missions de reconnaissances en direction de Paris.   

Le 24 août 44, alors que la DB entre dans Paris, près d'un petit village de l'Aube, des résistants dressent un barrage pour bloquer les Allemands. Après une escarmouche selon certains, un réel combat selon d'autres, les Allemands reviennent en force ; ce sont les SS de la 51e Brigade. Ils massacrent des habitants et incendient des maisons. Parmi les morts, le tuteur de mon père, Jules Babeau et sa famille. Dans les cendres, le dossier sur mon père et ses origines.Le 12 février 45, télégramme, Maman Ninie est décédée. Elle l'avait attendu pendant toute la guerre, maintenant, elle pouvait partir en paix.

De toute cette campagne, je ne connais que le témoignage de Jean-Joseph Laborde, mon parrain, son copain du 501e RCC qui conduisait un char léger : «chaque fois que je voyais une automitrailleuse détruite sur le bord de la route, je me disais que c'était peut être lui, et j'en voyais beaucoup». Effectivement, les Spahis ont perdu la moitié de leurs effectifs d'Alençon à Berchtesgaden.

Puis ce fut le retour à la vie civile, où ceux qui, la veille, étaient les héros accueillis à bras ouverts, furent rapidement oubliés. Ainsi, alors qu'il se présentait pour une distribution de chemises il s'entendit répondre q'elle était réservée aux anciens prisonniers et que lui il n'avait pas été prisonnier.

J'ai entendu dans mon enfance l'histoire de mon père, mais je ne l'ai pas comprise. Je pensais qu'il n'avait été qu'un combattant comme un autre dans cette guerre atroce et qu'au fond, il était moins risqué d'être à l'extérieure de la France à cette époque. Et puis un jour, j'ai réalisé qu'il avait fait parti des quelques milliers à avoir choisi le bon coté, contrairement à des centaines de milliers d'autres qui avaient pourtant eu l'occasion de faire le même choix. Il a surtout fait parti des quelques centaines qui ont repris le combat dès la fin de 1940. Et ce choix de reprendre les armes, il l'a refait une deuxième fois en 1943, repartant à zéro comme 2e classe, alors qu'il pouvait rester dans l'abri relatif d'un quartier général. Pourquoi ?



Je ne crois pas que ce soit à cause de l'esprit militaire. Il jura à ma mère que si cela devait recommencer, il déserterait plutôt que de repartir se battre, et je me souviens du fameux calot rouge de Spahi, il n'était plus très rouge, il l'avait mis pour repeindre l'appartement.

 

 

 

 

 

Source: Histoire de Français Libres

Par Lisa Decamps - Publié dans : BIOGRAPHIES
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