Un Héros de l'ombre (fin)

Publié le par Lisa Decamps

 

UN HEROS DE L'OMBRE

 

André Rondenay

 

 

Photo: http://www.ordredelalibération.fr

Il s'agissait de l'application du plan "Tortue": destruction d'usines travaillant en France pour le compte de l'Allemagne, mise en place de nouveaux groupes de combats en liaison avec les résistances locales, lutte antichars lors du débarquement allié.

On lui demande alors de prendre un nom d'emprunt, il choisit celui de son fils Claude à qui il dédie son nouveau grade, et le nom de Lemnicaste, pour son goût de la géométrie.

 

Gestapo et aventures

 

Un jour de septembre 1943, Mme Rondenay reçoit un message d'un mystérieux M.Aubert. En fait, c'est André. Il lui explique comment il a pu rejoindre l'Angleterre et l'importance de ses missions. Il vient d'être parachutéen Normandie.  Il lui faut recruter un personnel nombreux pour préparer les combats futurs. Il refuse de voir son petit Claude dans la crainte d'une indiscrétion involontaire de l'enfant et c'est pour lui un très grand sacrifice.

En quelque mois, il organise complètement les régions du Nord et de l'Ouest, prend contact avec les chfs, de tous les noyaux de résistance et enfin, grâce à l'extrême précision de ses rapports, fait comprendre aux états majors français et alliés la valeur de l'aide qui leur sera fournie par les Forces Françaises de l'Intérieur.

Janvier 1944. Il est nommé par Londres délégué militaire du gouvernement provisoire pour la région parisienne.

Apprenant que les usines travaillant pour les Allemands doivent être pillonées et sachant les pertes subies par les populations lors des derniers bombardements, il demande et obtient la remise de ces opérations, car il se fait fort, grâce à des sabotages savamment menés, de les anéantir.

Combien de Parisiens lui doivent ainsi la vie!

Il réussit parfaitement, détruisant les lignes de haute tension qui alimentent les usines.

La Gestapo ne chôme pas non plus. Elle voudrait mettre la main sur ce Jean Louis Lebelle - c'est le nouveau pseudonyme de Rondenay- qui cause tant de dégâts.

Avril 1944. Il est nommé chef d'escadron et son autorité s'étend désormais depuis la Belgique jusqu'à la Loire. Il mulitiplie les coups de main les plus audacieux: expéditions sur Saint Etienne, maquis de Normandie, sabotages dans la région de Beauvais, etc...

Il vit mille aventures aussi dangereuses que pittoresques. Tandis qu'il transporte au maquis de l'Aube des armes parachutées de la veille, il rencontre trois soldats allemands faisant de l'auto-stop, il accepte de les prendre dans sa voiture et les installe sur les caisses de munitions.

Sa tête est mise à prix en ce mois de mai 1944 pour cinq millions!

Rondenay continue à silloner avec sa même audace toutes les routes de France.

 

Il y avait un traître

Rondenay était heureux, Solange, sa femme, lui a confié son attente d'un heureux évènement.

Hélas! cet enfant, un deuxième garçon, il ne le connaîtra jamais.

Juin 1944. Il sait que le débarquement est proche,  il doit se rendre dans le Nord pour mettre la dernière main au plan de destruction  et de retardement des unités de réserve des Panzers.

Hélàs, sa chance allait tourner. Un traître alléché par le gain des cinq millions, celui là même qui avait déjà révélé aux Allemands le nom d'emprunt de Rondenay, va rue des Saussaies promettre de le livrer.

Un piège est donc tendu.

Il rentre à Paris le 26 juillet à la suite d'une escarmouche dans le maquis. Le 27, il a un rendez-vous vers onze heures, avec un responsable de son réseau.

Conduit rue des Saussaies, il joue l'innocence. La Gestapo prend l'affaire en main. Avenue Foch, le capitaine Wagner, de sinistre mémoire, le fait torturer. Pendant huit jours, il connaît le supplice de la baignoire. Il résiste et ne révèle rien.

Le huitième jour, alors que Wagner le presse encore de questions, par un effort surhumain, soulève ses jambes hors de l'eau et , frappant son tortionnaire à la nuque, d'un vigoureux coup de pied il tente de le précipiter à son tour dans l'eau glacée.

En Normandie, la retraite allemande se poursuit, Rondenay, et plusieurs de ses camarades sont poussés dans des camions.

Ils arrivent à la gare de Pantin. Là, on les fait descendre brutalement, puis ils sont dirigés vers les wagons de marchandises. Alors que Rondenay et les autres prisonniers préparent un plan d'évaion par le fond du wagon dès le demarrage du train. Mais un groupe d'allemands approche du wagon. De temps à temps, ils s'arrêtent et l'on entend crier un nom:

- Louis Lerouge!

- Présent!

-Descendez!

L'homme est aussitôt saisi et emmené auprès de deux autres compagnons d'infortune. Le lugubre appel continue:

- Alain de Beaufort!

- Présent!

-Descendez!

Arrivé devant Rondenay, le feldwebel appelle:

- Jean Louis Lebelle!

Rondenay ferme les yeux, il espère un moment que ce nom a été jeté au hasard et qu'ils n'ont pas fait le rapprochement.

- Allons Jarry, c'est vous qu'on appelle, descendez, je sais tout de votre identité. lance Wagner

- Présent, répond farouchement Rondenay en sautant du quai.

Les cinq hommes sont parqués dans un camionnette. L'un deux aperçoit soudain une borne: Montmorency, 6 kilomètres. Et puis l'on ne sut plus rien d'eux.

Dans l'après midi du 15 août, la gendarmerie de Domont est avisée qu'un groupe de cinq "terroristes" avait été fusillé aux "Quatre chênes". Seul Lerouge, du même réseau que Rondenay, avait des papiers et put être identifié.

Fin octobre, aux hasards d'une conversation, les amis de Rondenay apprirent où était enterré où était enterré Lerouge. Ils firent ouvrir la fosse du cimetière de Domont. Ils trouvent vingt trois corps de suppliciés. Grâce à sa chemise sur laquelle sa femme, avait brodé au coton rouge Jean Lebel, on put identifier Rondenay.

Le 3 novembre 1945, des obsèques nationales confirmèrent la gloire d'André Rondenay. Elles eurent lieu à Saint Louis des Invalides en présence des membres du gouvernement provisoire.

Au cours de la cérémonie fut lue la dernière citation décernée à André Rondenay:

"Rondenay, André Louis. Colonel d'artillerie. Officier d'élite. Ardent patriote. Prisonnier en juin 1940, s'évade du camp de représailles de Lübeck, pour servir. Rejoint les Forces Françaises Libres. Chargé de missions importantes et périlleuses, en a poursuivi l'exécution pendant près d'un an. Appréhendé par les Allemands, a été torturé, n'a révélé ni son identité, ni ses missions, donnant un témoignage nouveau des ses vertus civiques et de sa force morale. A été fusillé par les Allemands. Etait Chevalier de la Légion d'honneur et Compagnon de la Libération."

On imagine le Résistant, le Patriote, le Poète André Rondenay, murmurant à ses compagnons de dernier voyage, tandis que la camionnette les conduisait sur les lieux de leur supplice, en ce jour du 15 août 1944:

Je vais mourrir et c'est dimanche et c'est avril et j'ai vingt ans!

 

 

ANDRE GILLES ET JEAN LOUIS ALLIBERT

(Historia n°229)

 

 

 

 

 

Publié dans BIOGRAPHIES

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Mickael 13/10/2005 20:13

Une touchante histoire en vérité !