SOUS UN MASQUE BLANC...

Publié le par Lisa Decamps

SOUS UN MASQUE BLANC...

     

Joseph ALCANTARA



 

Pensée à mon amie Vanessa Alcantara, petite nièce de ce résistant exceptionnel.

     

 

Village de Limoux (11300)

photo : http://home.scarlet.be/~mirepoix/streek/afbeeldingen/limoux02.jpg

 

 

 

 

Le portrait d'un homme simple. Dès l'aube de sa vie, il sera livré à combattre la barbarie des tyrans... Audace, Courage, Héroïsme guideront ses pas...

 

 

 

Né le 15 décembre 1921, dans l'Aude au coeur d'un petit village nommé Limoux, sa mère se prénomme Placide, et son père Joseph. Il sera l'aîné de huit autres enfants, qui le regarderont bientôt avec fierté et admiration.

 

 

Travailleur, il s'adonne bien vite à sa grande passion: la cuisine. Il devient alors apprenti, puis réussit son rêve quelques année plus tard.  Mais ce jeune homme aux traits fins, au régard très intelligent, va voir tout à coup sa destinée basculer. Lorsqu'il part à Marseille pour tenter d'ouvrir son propre restaurant, nous sommes alors en 1936. Et Franco vient de prendre le pouvoir en Espagne. Ce pays si cher à sa mère, il va le défendre à sa façon, il  s'engage dans les jeunesses anti-franquiennes... Poursuivi, mais jamais arrêté, cet adolescent savait déjà prendre beaucoup de précautions, et faire preuve de ruses...

 

 

Mais son courage va réellement voir le jour, en 1940. L'envahisseur est à Marseille, une troupe de soldats fait halte devant le restaurant, ils entrent et le requisionnent. Mais Joseph Alcantara refuse: Il ne servira que des français... Le commandant menace, si le lendemain il y a toujours refus, le patron sera mis aux arrêts. La nuit venue, nullement impressionné, il préfère abandonner son restaurant plutôt que de se soumettre.

 

Appelé pour intégrer dans les Landes les camps de jeunesse, il supporte très mal, jusqu'à la fin de l'année 1941, le vêtement militaire vert qui lui est imposé et rejoint Limoux.

 

 

 

Durant cette période, il pousse l'audace avec certains de ses compagnons, à installer leur groupe de résistance à côté du poste de police. Une nuit, repéré par ceux-ci, il les entraînera dans une escapade tout le long du village, afin de les narguer, puis disparaîtra dissimulé derrière une porte que les poursuivants n'aurtont pas remarquer.

 

 

 

En 1943, Le service du travail obligatoire le prend dans son cruel engrenage, il est alors déporté en Allemagne avec plusieurs de ses camarades Limouxins. Il se livre pour l'occasion à un exercice peu ordinaire : sa valise ne contient ni vieilles sandales, ni bleus de travail, mais cravates, chemises blanches, chaussures vernies, costumes et gilets de cérémonie. Dans la Sarre, au camp de Glanmunchwuler, il devra pourtant s'occuper à la réfection des voies de chemin de fer.

Mais il n'avait pas le projet de rester bien longtemps... 

 

 

 Un jour, l'un de ses meilleurs amis, Buxeda, reçoit une permission, Alcantara l'accompagne à la gare et comprend à demi mots que celui-ci n'a pas du tout l'intention de revenir en territoire étranger. Il lui dit alors, d'un ton de défi : "J'arriverai avant toi".

Il monte avec une grande discrétion sur le toit d'un wagon en partance, puis se cache avec les bagages, arc-bouté à une bouche d'aération. Il parvient à descendre avant la frontière qu'il franchit à pied, évite la relève puis marche longtemps, très longtemps au bord d'un petit chemin lorsqu'il entend des voix féminines chanter "Vous avez pris l'Alsace et la Lorraine, mais nos cœurs resteront français". Sauvé, il se présente comme un prisonnier évadé français, demande à manger, se fait indiquer la route et revient à Limoux. Il aura gagné son défi, puisqu'il reviendra avant son ami.

 

 

Pourtant il sera vite enlevé à l'affection des siens. Joseph Alcantara est très vite signalé ; 

clandestinement caché chez ses parents, et il n'a d'autre choix que de partir . Ils se dirige alors 

  vers le maquis de Buc et Belcastel. Il y fera la connaissance de celle qui deviendra sa 

fiancée,  la soeur d'un de ses hommes. De caches en encerclements ; de refuges en retraits, 

d'actions en trahisons, Joseph Alcantara, devient lieutenant des Forces Françaises de 

l'intérieur, et s'appelle désormais "Paul".

 

 

  

Lorsqu'un important général, ainsi que des membres éminents de la Résistance sont emprisonnés dans la caserne de Limoux, prêts à être transférés pour y être soumis à la torture s'il le faut, le voici devenu justicier masqué. Tout habillé de blanc, sous un masque de la même couleur, pendant que ses hommes font diversion en tirant sur l'enceinte et les murs, il pénètre avec d'autres dans la prison, et avec une bravoure hors du commun, enlève les prisonniers sous les  regards des sentinelles. Lorsqu'il sortira, il verra son petit frère au milieu d'autres enfants, celui-ci le reconnaîtra aussitôt, rempli de fierté, mais ne dit rien, sachant ce qu'encourt son héros.  

 

 C'est au retour d'une mission qu'il fut trahi le 27 juillet 1944 vers onze heures, dans un virage aux alentours du hameau de Lairière,  alors  qu'il se trouvait avec trois autres compagnons à l'intérieur d'une voiture. Ils sont surpris par un convoi de soldats allemands, qui ouvre aussitôt le feu. Le chauffeur ainsi que l'homme se trouvant à côté de lui, meurent sur le coup. Les autres essaient de sortir, celui qui essaie de se cacher sous le véhicule blessé à la jambe, sera ramené comme prisonnier torturé ignoblement, et mourra sans rien révéler. Joseph Alcantara, une balle à la jambe, une balle à la poitrine, a bu se faire rouler dans un fossé, au milieu des ronces, les allemands tirent encore, puis partent. Nous ne savons pas ce qui s'est passé à partir de cet instant,  hormis que Joseph Alcantara

subira une très longue agonie de  plusieurs heures. On le retrouvera, le lendemain la machoîre écrasée,  ses dents en or dérobées et le corps percé de plusieurs coups. Est-ce  un berger égaré ayant profité de la situation, ou le retour de certains  soldats, pour achever leur victime? Personne ne pourrait le dire.

 

 

    

Sa mémoire est désormais perpétuée là où il avait connu un bonheur d'enfant.  

 

 

 

Publié dans BIOGRAPHIES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Lola 27/10/2005 17:07

Cette histoire m'a réellement émue! Je suis fière des ces héros, par qui nous pouvons vivre en liberté! C'est si déplorable que ce fut au prix d'un énorme sacrifice!