L'ENERGIE DU DESESPOIR

Publié le par Lisa Decamps

L'ENERGIE DU DESESPOIR

19 Avril 1943: Guetto de Varsovie

 

Photo: http://hsgm.free.fr/recent/ghettovarsovie.jpg

 

 

Il y a cinquante-six ans, au paroxysme de la guerre la plus sanguinaire de l'Histoire, la chasse aux juifs battait son plein dans les pays occupés par l'Allemagne. Fidèle au programme tracé dans Mein Kamps d'exterminer tous les juifs, Hitler était plus que jamais déterminé à accomplir sa funeste tâche. Une grande partie des juifs déportés d'Allemagne et d'Autriche avaient déjà péri dans des camps de concentration, et les autres suivaient à un rythme accéléré.

 

 

Lorsque l'administration allemande s'installa en Pologne en octobre 1939, un de ses premiers soucis fut de déloger les quatre cent mille juifs de Varsovie, et de les concentrer dans l'espace exigu de l'ancien quartier juif qui hébergeait, en conditions normales, à peine soixante mille personnes.

 

Un mur était érigé aussitôt après, afin d'isoler entièrement le quartier, qui devenait ainsi un véritable ghetto dans la tradition chrétienne la plus néfaste. A ces habitants de Varsovie s'ajoutaient aussitôt cent mille autres, évacués de petites villes limitrophes. Toute cette immense population était entassée dans des conditions inhumaines, à la moyenne de treize personnes par chambre, une grande partie restant même sans abri.

 

 

Bien que la résistance juive se manifesta dès le début de 1940, ce n'est que le 2 décembre 1942 qu'un véritable groupe juif de combat fut organisé par le rassemblement de tendances politiques allant des sionistes de tous bords jusqu'aux communistes. Himmler, chef suprême de la Gestapo, arriva à Varsovie le 9 janvier 1943 et visita inopinément le Ghetto. Il donnait aussitôt l'ordre de le détruire et d'en exterminer tous les habitants. Le 18 janvier, plusieurs bataillons de SS marchaient sur le quartier, mais pour la première fois, les Allemands étaient reçus à coups de mitrailleuses, grenades et autres engins, et devaient se retirer en essuyant de lourdes pertes.

 

Par un appel au monde extérieur, les chefs du soulèvement avec entête Mordehai Aniélévitch âgé de 24 ans, eurent ces paroles bouleversantes diffusées par radio : "Nous déclarons la guerre à l'Allemagne, déclaration de guerre la plus désespérée qui n'ait jamais été faite. Nous organisons la défense du ghetto, non pour que le ghetto puisse être défendu, pais pour que le monde comprenne le désespoir de notre combat comme un avertissement et un reproche ".

 

Après un répit de trois mois, le 19 avril 1943, d'importantes forces allemandes, avec des corps auxiliaires de conscrits collaborationnistes polonais, ukrainiens et lituaniens, assiégeaient le Ghetto. Une attaque massive survenait le lendemain, mais à peine franchie l'entrée, les attaquants recevaient une riposte d'une violence inattendue, avec une pluie de projectiles qui décimaient leurs rangs, et les mettait deux fois en fuite précipitée. Pour les défenseurs, c'était la lutte du désespoir. Du sommet le plus haut du quartier flottait le drapeau bleu et blanc de Zion.

 

 

Face à cette résistance, le commandant allemand, le général Jürgen Stroop, recevait l'ordre personnel de Hitler de faire usage de tous les moyens de destruction : artillerie, blindés, lance-flammes, gaz asphyxiant. On se battait corps à corps dans les rues, dans les maisons chambre par chambre, sur les toits, dans les caves et dans les égouts. Dans l'attaque finale; l'aviation allemande dut intervenir pour venir à bout des derniers défenseurs.

 

 

Le 8 mai, Mordehaï Aniélévitch, sa femme et ses derniers compagnons succombaient l'arme à la main après avoir rejeté les demandes allemandes réitérées de se rendre contre la promesse de la vie sauve. C'était la répétition, après dix-huit siècles du sacrifice héroïque du Bétar. Le 16 mai, le général Stroop télégraphiait à Hitler : "Le quartier Juif de Varsovie n'est plus", il était fier de son exploit, ce général de la "herrenvolle" (race des seigneurs tant proclamée par les barbares nazis), et pour fêter avec éclat son infâme victoire, il faisait le même jour sauter à la dynamite la grande synagogue de Varsovie, célébrant ainsi la phase finale de l'extermination de celle qui fut la grande communauté juive d'Europe.

 

 

Presque en même temps, Schmuel Zigemboïm, seul membre juif du Conseil polonais en exil à Londres, se suicidait pour protester contre ce qu'il appelait "la conspiration du silence". Dans une note adressée à la presse, il disait : "En assistant sans réagir au meurtre de millions d'êtres innocents, sans défense, les pays libres du monde occidental sont devenus les complices des assassins".

 

 

Une première accusation était dirigée contre la résistance polonaise, qui resta sourde aux appels à l'aide du Ghetto. En dehors de quelques patriotes - que Yad Va-chem à tenu à honorer plus tard, les Polonais en grande majorité trouvaient tellement commode de laisser aux Allemands la tâche de résoudre "leur problème juif" Lorsque les quelques centaines de survivants juifs du Ghetto purent se joindre à la résistance polonaise, la plupart furent lâchement assassinés par des fascistes polonais passés à collaborer avec les nazis, joignant ainsi la trahison à l'infamie. Ils ne se doutaient pas que l'expérience allait plus tard se retourner contre eux : lorsque, un an après, la résistance polonaise se souleva à son tour et sollicita l'aide des Russes, ceux-ci aussi firent la sourde oreille, et laissèrent froidement les Allemands massacrer cent cinquante mille Polonais, officiers et soldats.

 

 

L'épopée du Ghetto de Varsovie, dans le contexte global de la Shoa, doit rester gravé dans notre mémoire. Son souvenir doit être transmis aux générations à venir, pour que cette évocation serve d'avertissement sur la nécessité de rester toujours vigilants sur la préservation de notre identité, tant que la haine viscérale anti-juive ne sera extirpée à jamais.

 

 

 

 Par L. Alhadeff

http://www.sefarad.org/publication/lm/035/16.html

Publié dans HISTOIRE

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monialisa 04/11/2005 20:37

L'horreur de ce ghetto est encore dans toutes les mémoires... ou du moins elle devrait l'être !

Lola 27/10/2005 17:12

Pauvres gens, livrés à ainsi combattre pour se libérer de l'oppression!!!