LETTRE D'ANNE FRANK

Publié le par Lisa Decamps

LETTRE D'ANNE FRANK

 

 

Vendredi 9 octobre 1942

 

 

Photo : http://www.sebastianwahl.com/sebweb/MY%20ART%20folder/pages/23%20Anne%20Frank_jpg.htm

 

 

 

" Chère Kitty,

 

 

Aujourd'hui, je n'ai que des nouvelles sinistres et déprimantes à te donner. Nos nombreux amis Juifs sont emmenés par groupes entiers. La Gestapo ne prend vraiment pas de gants avec ces gens, on les transporte à Westerbork, le grand camp pour Juifs en Drenth, dans des wagons à bestiaux.

 

 

Miep nous a parlé de quelqu'un qui s'est echappé de Westerbork .Westerbok doit être épouvantable. On ne donne presque rien à manger aux gens, et encore moins à boire, car ils n'ont de l'eau qu'une heure par jour et un W.C et un lavabo pour plusieurs milliers de personnes. Ils dorment tous ensemble, hommes, femmes, enfants ; les femmes et les enfants ont souvent la tête rasée. Il est presque impossible de fuir, les gens du camps sont tous marqués par leurs têtes rasées et pour beaucoup aussi par leur physique juif.

 

 

S'il se passe déjà des choses aussi affreuses en Hollande, qu'est ce qui les attend dans les régions lointaines et barbares où on les envoie? Nous supposons que le plupart se font massacrer. La radio anglaise parle d'asphyxie par les gaz; c'est peut-être la méthode d'élimination la plus rapide.

 

 

 

Je suis complètement bouleversée. Miep raconte toutes ces horreurs de façon si poignante,elle est ,elle-même très agitée. L'autre jour, par exemple, une vieille feme juive paralysée était assise devant sa porte, elle attendait la Gestapo qui était allée checher une voiture pour la transporter. La pauvre vieille était terrifiée par le bruit des tirs qui visaient les avions anglais et les éclairs aveuglants des projecteurs. Pourtant Miep n'a pas osé la faire entrer, personne ne l'aurait fait. Ces messieurs les Allemands ne sont pas avares de punitions.

 

 

 

Bep n'est pas très gaie non plus, son faincé doit partir en Allemagne.Chaque fois que des avions survolent nos maisons, elle tremble que leur cargaison de bombes qui va souvent jusqu'à un million de kilos, ne tombe sur la tête de Bertus. Des plaisanteries du genre: il n'en recevra sans doute pas un million et une bombe suffit, me paraissent un peu déplacées. Bertus est loin d'être le seul à partir, tous les jours des trains s'en vont, bondés de jeunes gens. Lorsqu'ils s'arrêtent à une gare sur le trajet, ils essaient parfois de se glisser hors du train et de se cacher; un petit nombre d'entre eux y réussit peut-être. Je n'ai pas fini ma complainte. As tu déjà entendu parler d'otages? C'est leur dernière trouvaille en fait de punition pour les saboteurs. C'est la chose la plus atroce qu'on puisse imaginer. Des citoyens innocents et hauts placés sont emprisonnés en attendant leur exécution. Si quelqu'un commet un acte de sabotage et que le coupable n'est pas retrouvé la Gestapo aligne tout bonnement quatre ou cinq de ces otages contre un mur. Souvent on annonce la mort de ces gens dans le journal. A la suite d'un " accident fatal" c'est ainsi qu'ils qualifient ce crime. Un peuple reluisant, ces Allemands et dire que j'en fais partie! Et puis non, il y a longtemps que Hitler a fait de nous des apatrides, et d'ailleurs il n'y a pas de plus grande hostilité au monde qu'entre Allemands et juifs. "

 

 

Bien à toi,

 

Anne

Publié dans TÉMOIGNAGES

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lily 09/11/2005 10:58

Ce journal est un véritable témoignage de ce qu'on enduré les Juifs : la peur d'être pris, dénoncé et puis finalement l'arrestation, les camps, la mort immonde. Bouleversant !

monialisa 09/11/2005 10:56

Voilà un journal qui reste toujours très émouvant malgré sa notoriété. Des films, des livres en ont été tirés pourtant il demeure toujours aussi vivace et touchant dans nos coeurs.