A POURSUIVRE

Publié le par Lisa Decamps

LA FIN D'UNE HISTOIRE A POURSUIVRE...

 

Photo: Auteur inconnu

 

 

 

Fin octobre disparaissait Felix Kreissler. Historien, germaniste, « spécialiste de l’Autriche », comme on dit en France, il était un résistant de la première heure, un homme engagé, lucide, un créateur sans cesse en mouvement, extrêmement exigeant envers lui-même, ses amis, collègues et le PCF auquel il appartenait. Ainsi fut-il à l’initiative, à plus de quatre-vingts ans, avec la complicité de son ami Gilbert Badia, de l’université populaire Anatole-France, à Montreuil-sous-Bois où il - vivait. L’arrivée du parti de Haider au gouvernement autrichien avec le concours de la droite l’avait fait redoubler d’énergie pour multiplier ses contributions, en France et en Autriche, au combat sans concessions contre le - populisme d’extrême droite contemporain. Homme d’un très grand courage, il fait - partie de ceux qui ont jeté des bases pour une « autre Europe ». Des hommages lui sont rendus, en Autriche et en France. Parmi eux, celui de Winfried R. Garscha, pour le conseil international de la Conférence internationale des historiens du mouvement ouvrier et social, dont Felix Kreissler était membre, et dont nous reproduisons de larges extraits.

« Une vie dans la résistance. Felix Kreissler, né en 1917 dans un quartier ouvrier de Vienne, s’est engagé en tant que lycéen à dix-sept ans contre la dictature austro - fasciste et fut arrêté. Exclu de l’ensemble des lycées autrichiens peu avant le baccalauréat, il émigra dès 1937 en France. Après l’offensive de l’Allemagne hitlérienne contre la France, Kreissler - rejoignit la Résistance, fut arrêté à plusieurs reprises et réussissait à s’évader. Après sa quatrième arrestation, cette fois-ci en compagnie de sa - future femme Denise, il fut transféré dans la prison de la Gestapo à Lyon et « interrogé » par les hommes de Barbie. En tant que français et sous le nom de « Le Brun » - la Gestapo n’ayant pas réussi à lui extorquer sa véritable identité - il fut déporté en mai 1944 à Buchenwald, alors que Denise fut déportée à Ravensbrück. Ils ont survécu grâce à la solidarité de codétenus. » Après quelques années en Autriche, la famille Kreissler revint en France. « Kreissler contribua depuis le début des années soixante-dix au développement de l’Institut de germanistique à l’université de Haute-Normandie de Rouen. Ave, la création du Centre d’études et de - recherches autrichiennes et la revue semestrielle Austriaca, il devenait possible d’installer la civilisation autrichienne dans le monde universitaire français. Kreissler réussissait à gagner des germanistes et historiens des deux générations lui succédant, en lien très étroit avec Gilbert Ravy (Rouen) et Gérald Stieg (Paris) à poursuivre cette oeuvre. Lorsqu’il reçut fin 2000 le prix Bruno-Kreisky pour l’ensemble de ses publications, il déclara dans la villa Kreisky pleine à craquer se situer dans l’opposition la plus ferme face au gouvernement ÖVP-FPÖ. Il attacha la plus grande importance à la Société franco-autrichienne pour la coopération culturelle et scientifique impulsée par lui et issue d’une initiative contre la fermeture de l’Institut culturel autrichien à Paris. L’arrivée du FPÖ au gouvernement signifiait pour lui la pénétration des institutions de l’État par le chauvinisme et l’absence de culture ; le combat contre ces phénomènes occupait une place majeure dans son engagement politique. » Sur le plan scientifique, Kreissler laisse une oeuvre d’une grande richesse dans le domaine de l’histoire du mouvement ouvrier et de la Résistance. Il fut historiographe de la naissance de la nation autrichienne. « Il était médiateur entre les civilisations. Durant des - décennies, Felix Kreissler s’est efforcé de faire découvrir au public français l’histoire - sociale et culturelle autrichienne ainsi que l’Autriche contemporaine. Un dernier essai visant à analyser l’ensemble de l’histoire du XXe siècle à partir d’une perspective comparative franco-autrichienne - entre autre dans un dialogue avec et une distanciation de « l’âge des extrêmes » d’Eric Hobsbawm - est resté inachevé : un manuscrit de 900 pages attend maintenant son édition.

 

 

Traduit de l’allemand et présenté

par Élisabeth Gauthier.

Article L'humanité

Publié dans BIOGRAPHIES

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