VAINCRE OU MOURIR

Publié le par Lisa Decamps

L'EPHEMERE MAQUIS DE SAFFRE

Vaincre ou Mourir

 

 

 

photo: auteur inconnu

 

 

Un pays sans originalité, plat et terne, une forêt de cinq cents hectares, qui n'est pas la plus importante du département, si on la compare à celles du Gavre, de Juigné ou d'Ancénis. Quelques petites villes: Joué, Saffré, Abarraretz. Un isolement, une sévérité qui, même à présent sont imprésionnants. Et c'est dans cette forêt que des résistants, très jeunes  pour la plupart, ont connu l'enthousiasme, l'espoir, et la désespérance.

De jeunes imprudents...

Ils étaient là, trois cents environ, arrivés souvent sans aucune précaution. Il n'était pas rare, en effet , de trouver sur sa route un jeune cycliste, avec une grosse valise sur son porte-bagage et se dirigeant tout simplement, en sifflotant, vers la forêt. Souvent, avec cette foi qui fait ignorer les très graves conséquences d'un acte dont l'héroïsme doit s'accompagner de prudence...

Mobilisation

Et pourtant ils ont répondu à un appel secret. Du 4 au 6 juin, la B.B.C avait diffusé, comme l'on sait, de bien curieux messages: " Ma femme a l'oeil vif" ; " L'acide rougit le tournesol "; " La midinette a les cheveux coupés", messages qui alertaient la Résistance. Et le 7 juin, "le Canal de Suez est en feu" ordonnait la mobilisation avait été fixée, pour les groupes de la région de la forêt de Saffré, au 15 juin. Et ces jeunes résistants ont obéi. Des aînés sont arrivés pour les encadrer, des commandants, des capitaines, des aumôniers, et six aviateurs anglais, abattus non loin de là.

Un combattant armé sur dix

L'organisation du camp se fait vite. Chacun suit avec enthousiasme l'entraînement militaire qui lui est imposé.  Cependant, et cela inquiète particulièrement les responsables, il y a très peu d'armes. Pourtant nombreux sont partis à la recherche de fusils, mitraillettes. Déjouant toutes les patrouilles allemandes, ils ont en ont ramené, mais, hélas, en quantités insuffisantes. - Que l'on retienne ces chiffres: au moment de l'attaque, un combattant sur dix pouvait donc disposer d'une arme personnelle! -  Bien sûr, on attend les parachutages anglais. Mais quand se produiront-ils?

Dès le soir du 17 mai, tout était prêt pour les accueillir, mais rien ne vint... Rien, d'ailleurs ne viendra avant le 30 juin. Tout sera alors terminé.

Le Maquis de Saffré dura treize seulement

Ce qui frappe, en effetn lorsqu'on étudie le déroulement de ces tragiques évènements, c'est la brièveté de l'existence du maquis: Treize jours depuis la mobilisation, treize jours d'attente,  treize jours d'une vie ardente, avant la mort pour beaucoup... On a appris que le camp de Saint Marcel a été attaqué et que ses hommes ont opposé à l'ennemi une héroïque résistance, en une véritable bataille rangée. Mais ils ont été vaincus.

Reçus avec une grande joie par les maquisards, ils laissent cependant paraître leur inquiétude: les ordres de rassemblement semblent avoir été mal compris: il y a trop d'hommes dans cette forêt. Désarmés pour la plupart, ils sont à la merci de la moindre attaque ennemie. On adresse des messages à Londres, pour l'urgence des parachutages. Et on donne l'ordre aux jeunes ne possédant pas d'arme, de quitter le camp, le lendemain. Il sera trop tard.

Cinq mille Allemands contre trois cent

La soirée a été joyeuse, on a chanté, on a dansé. Les S.S eux, sont en marche, ainsi que des miliciens, et des marins de la base de Saint Nazaire. Cinq mille au total.  A six heures, ce mercredi 28 juin, après avoir procédé à l'arrestation de plusieurs personnalités, ils entourent la forêt et attaquent. Prévenus par les guetteurs, les chefs ont ordonné  la position de combat à ceux armés, le repli immédiat des autres. Lorsque les assaillants approchent, ils sont attaqués de toutes parts, par des tireurs invisibles. Lutte terriblement inégale ou les traits d'héroïsme abandent. Citons celui de ce jeune de dix-huit ans arrivé la veille, on ne lui a pas encore appris le maniement des armes, et il réussit pourtant caché derrière des branchages, à se servir de son fusil, se faisant tuer sur place, après avoir mis huit Allemands hors de combat.

Divisés en petis groupes, les non armés recherchent désespérement, sous la pluie les chemins qui les sauveront. Mais l'ennemi ne cesse de resserer son étreinte. Beaucoup, après une attente anxieuse, dans une cache improvisée, quelques uns pendant quinze heures souvent à quelques mètres des Allemands. Beaucoup réussiront à s'échapper, d'autres tomberont glorieusement. Et les blessés seront achevés dans l'abomination : mâchoires fracassées, crânes éclatés, à coup de bottes et de crosses. La chasse a l'homme durera toute la journée et la nuit du mercredi et le lendemain. On fera trente cinq prisonniers.

Le Tribunal  du château de la Bouvardière

On a fait descendre les prisonniers qui ont été montés depuis la nuit dans 3 camions bâchés .  On va les juger, mais ils savent déjà que ce jugement ne fera que retarder le moment où ils devront quitter la vie.

Il est 17h10. Le tribunal a prêté serment devant le portrait d'Hitler. Et la séance est ouverte. Les déclarations des accusés faites lors de leur entrée en prison, sont lues tout d'abord. On les interroge à nouveau. Tous font la même déclaration : "Je ne regrette rien, je recommencerais s'il le fallait ". Un avocat commis d'office, qui plaide cinq minutes pour trente cinq hommes, un réquisitoire puis un autre, demande de peine de mort, et les débats sont clos.

Une heure plus tard, Vingt sept prisonniers sont condamnés à mort avec exécution immédiate. Trois dont l'abbé, sont également condamnés à mort mais leur exécution bénéficie d'un sursis de quelques jours pour enquête à Paris.

Cinq seront déportés.

Exécutés quatre par quatre : ils chantaient la Marseillaise

Il y a, juste en sortant du château neuf, dans le parc, une butte de terre d'une faible hauteur. C'est là qu'ils vont mourir. L'un deux, en un simple murmure, se met à chanter la Marseillaise. Et ce murmure, repris par tous, s'enfle bientôt en une vague immense, dont les échos ne cesseront pendant quarante trois, diminuant à chaque salve. (Les trois derniers ont en effet, attendu quarante trois minutes leur mort, assistant à celle de leurs camarades.) Leurs bourreaux leur ont mis une petite marque en étoffe blanche afin qu'ils puissent mieux viser par le peloton de douze soldants, et les phares des camions éclairent le spectacle. Les cercueils empilés, attendent leur terrible chargement. L'abbé Ploquin, en sursis d'exécution a dû à sa qualité de prêtre et àl 'intervention de l'évêque de Nantes d'être seulement déporté et incarceré, il fut libéré par les Russes en 1945. Ses deux camarades, furent massacrés dans un couloir de la prison de Nantes, le 13 juillet et inhumés avec la mention "allemands inconnus".

Mais il y eut hélas, d'autres victimes. Cinquante et un hommes - trois avaient plus de soixante dix ans - et quatre femmes, soupçonés d'avoir participé à l'organisation du maquis ou de lui avoir apporté leur aide, furent déportés à Dachau. Plus de la moitié ne revint pas...

 

 

 

Jacques-Philippe CHAMPAGNAC

Historama n° 274 

Publié dans RESISTANCE-MEMOIRES

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