LE PEINTRE QUI VOLA LES PLANS DU MUR DE L'ATLANTIQUE...

Publié le par Lisa Decamps

LE PEINTRE QUI VOLA LES PLANS DU MUR DE L'ATLANTIQUE...

Photo: auteur inconnu

Le café "chez Paul"

Il existait à Caen un petit café à l'enseigne du " Café des Touristes", dont la vitre annonçait qu'on était ici "chez Paul". Ce café servait de rendez-vous aux agents du groupement de résistance crée par Marcel Girard, que j'avais incorporé dans son réseau sous le pseudonyme de "Malherbe". "Paul" en était la "boîte aux lettres".

Ce soir-là, mercredi 6 mai 1942, le peintre en bâtiment René Duchez sirotait son apéritif sur le zinc pendant que ses complices, le plombier Deschambres, l'agent d'assurances Harivel et le garagiste Dumel jouaient aux dominos. A l'abri de toutes les oreilles indiscrètes, on discutait  à propos de ce que l'ennemi dénommait son Westwall, que les Français appelaient pour leur part " le Mur de l'Atlantique" . Répercutant les consignes que je venais de donner en rentrant d'Angleterre, "Malherbe avait insisté auprès de ses camarades pour être mis sans délai en possession de tous les renseignements relatifs aux travaux formidables que les Allemands entreprenaient sur la côte. Un des joueurs de dominos mentionna le nom de l'Organisation Todt, qui dirigeait les travaux, l'organisation en question mettait en adjudication la pose d'un papier mural dans deux pièces de l'immeuble qu'elle occupait rue de Geôle.  L'adjudication expirait ce même 6 mai à 17 heures, et il était trop tard pour y participer. Le peintre en bâtiment résolut cependant  d'aller plus avant sans savoir où sa décision le mènerait. Le lendemain, il se rendit au volant de sa camionnette devant l'immeuble, gardé par une sentinelle qui le pria de produire son laissez-passer. Duchez tenta d'expliquer par gestes qu'il venait pour l'adjudication, mais il fut congédié immédiatement. Cela fit surgir un sous-officier, lequel, ayant entendu le rapport de son subordonné, se tourna vers Duchez, et lui demanda ce qu'il venait faire. Après bien des questions, on alla chercher un lieutenant, qui lui demanda à combien il estimait les travaux, et de se présenter avec des échantillons au Bauleiter Schnedderer.

Une pile de documents

 

Le jour d'après, René Duchez présenta ses albums. Quelqu'un frappa à la porte.  Un officier entra, suivi d'un sous-officier porteur d'une haute pile de documents qu'il déposa, selon l'ordre qu'il reçut. Se levant Schnedderer prit le document posé sur le haut de la pile, se dirigea vers la fenêtre et en examina une partie par transparence. Du point où il était, Duchez reconnut le tracé de la côte normande. Ayant replié la carte, il la remit sur la pile et reprit l'examen des enchantillons apportés par Duchez. On frappa à nouveau à la porte, un sous-officier entra, tenant dans à la main une feuille dactylographiée. Tenant la feuille à la main le Bauleiter, s'arrêta sur le seuil de la porte, et dicta quelque chose.

Pendant ce temps, Duchez s'approcha de la pile des plans et lut sur celui du dessus l'inscription STRENG GEHEIM, ce qui signifiait ULTRA SECRET. Il souleva la pile Les autres plans portaient la même inscription, il s'agissait donc de copies. Duchez recula, cherchant du regard une cachette possible, le cadre du miroir du dessus de la cheminée était légérement incliné, il glissa l'épais document derrière le miroir qui lui fallut déplier. Quand Schnedderer revint, Duchez avait repris sa place.

 

 

 

La diffusion du "B.C.R.A"

 

Au soir du mercredi 13 mai, la carte était en possession de Marcel Girard qui prit immédiatement le train pour Paris. Elle me fut remise dans la matinée du jeudi 14. Je la dépliai sur le tapis, la carte me sembla mesurer plus de trois mètres de long et soixante quinze centimètres. Tout le tracé de la côte normande allant de Cherbourg jusqu'à Honfleur s'y trouvait reproduit.  On y voyait porté un grand nombre de blockhaus, de nids de mitrailleuses, de réseaux de barbelés, de champs de mines. Le calibre des pièces d'artilleries prévues y était souvent précisé. J'avais là rien de moins que la large portion du fameux Mur de l'Atlantique. Tandis que j'examinais la carte dérobée, les arrestations se multipliaient autour de moi, suivies d'une trahison qui menaça directement ma femme et mes enfants dont l'ennemi cherchait à s'emparer pour me contraindre à me livrer moi-même. Londres me donna l'ordre de les faire passer en Angleterre et de m'y rendre en personne pour discuter des mesures propres  à assurer la survie du réseau  Confrérie Notre-Dame. Dans le volumineux courrier que j'emportai figurait le carte du "Mur" Il en alla d'elle, comme il en était allé des informations sur la station radar allemande de Bruneval, transmises par mon réseau, dont le service des "Opérations Combinées" avait déjà fait son profit. La réception de ce document d'une valeur exceptionnelle vint à point nommé soutenir l'argumentation de l'Amiral Mountbatten, et c'est ainsi que fut choisi le point de débarquement dont dépendait, avec la libération de la France, le sort de la guerre en Europe.

 

 

 

 

REMY

Historama n° 269

Publié dans TÉMOIGNAGES

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Bryanxwj 21/04/2006 06:04


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Lola 02/12/2005 17:00

Merci pour cette histoire assez peu connue!