LE DRAME DU 19 MAI 1944

Publié le par Lisa Decamps

LE DRAME DU CENTRE RURAL DE SAINT-GERMAIN 

A VILLEMOTIER (Ain)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Photo: auteur inconnu
 
 
 
 
 
 
19 mai 1944.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Au printemps 1942, les Éclaireurs Israélites de France louèrent la ferme de Saint-Germain (ancienne maison-forte datant de la fin du XVIe siècle) à Villemotier, à 16 Km au nord de Bourg-en-Bresse, et les 32 hectares de terres qui en dépendaient, pour y installer un de leurs groupes ruraux. Il s’agissait d’y mettre en sécurité des adolescents juifs et de leur apprendre le métier d’agriculteur. Le premier animateur du groupe fut un Colmarien, le docteur Georges Meyer ("Hibou") accompagné de son épouse Fanny, et secondé par Jean Schwab, chef de culture : un jeune élève-rabbin originaire de Strasbourg, Aron Wolf, venait toutes les semaines pour y exercer les fonctions d’aumônier. Claude Bloch (plus tard Gallant) était le secrétaire. Après la rafle du Vel’ d’Hiv en juillet 1942 et la livraison aux Allemands des juifs étrangers internés dans les camps de "zone libre", la ferme aurait hébergé de jeunes enfants dont les parents avaient été déportés et que la "Sixième", organe clandestin des EIF, essayait de faire passer en Suisse. Après le départ pour le Maquis de Georges Meyer, le Strasbourgeois Roger Meyer, qui venait de terminer une formation dans une école d’agriculture, devint le responsable du groupe.

Le 11 novembre 1942, les Allemands occupèrent la zone sud et la Gestapo s’installa dans les principales villes. Le danger se précisait. Au début de 1944, la situation devenait de plus en plus périlleuse et la direction clandestine des groupes ruraux, avec Frédéric Hammel ("Chameau"), chef du chantier de Taluyers (Rhône) dont Saint-Germain était une annexe, décida leur dispersion. La petite équipe restée à Villemotier et passionnée par le travail paysan, remettait de semaine en semaine l’abandon de la ferme. En mai 1944, Claude Bloch alla chercher des instructions chez ses supérieurs. Pendant son absence, un détachement de SS et de Gestapistes de Lyon, à l’aube du 19 mai, encercla le hameau de Saint-Germain. Le rabbin Aron Wolf (24 ans) aurait été abattu à la mitrailleuse en courant derrière la maison. Charles Cwang (18 ans) s’était glissé sous un tas de colza, mais il avait déposé ses sabots en vue, ce qui permit aux Allemands de le repérer. Il présenta sa fausse carte d’identité, de même que Roger Meyer (22 ans), Jean Schwab (34 ans) et Raphaël Horowitz (18 ans) : ils furent tous fusillés sur le champ ou en début d’après-midi.

Paul Strauss (24 ans) était à l’intérieur des bâtiments, de même que sa compagne Berthe Manéla enceinte de huit mois : Paul présenta sa vraie carte d’identité portant le cachet "Juif" et Berthe sa fausse carte au nom de Béatrice Michel originaire de Wissembourg. Ils furent transférés à Lyon : Berthe fut libérée le lendemain et Paul emprisonné au Fort Montluc avant d’être transféré au camp de Drancy d’où il fut déporté par le convoi du 30 juin, la veille de la naissance de sa fille Danielle à Lyon. Il est mort à l’infirmerie du camp d’Auschwitz III-Monowitz le 1er février 1945 quelques jours après la Libération du camp par l’Armée soviétique.

Outre Berthe, le seul survivant du drame est Jacques Frances, originaire de Bordeaux, dont le père était mort au combat en 1940. Il avait réussi à se cacher dans le ruisseau voisin, fut recueilli par l’abbaye des Dombes et les parents de Roger Meyer, puis rejoignit le maquis du Jura, où il gagna la médaille militaire et la croix de guerre. Les cinq fusillés furent enterrés au cimetière de Villemotier. Après la Libération, Claude Gallant et Jacques Frances les firent transférer au cimetière de la Mouche à Lyon, où ils reposent tous ensemble sous un monument très émouvant.

 

 

 

 

 

Publié dans HISTOIRE

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