OPERATION JUBILEE

Publié le par Lisa Decamps

OPERATION JUBILEE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La guerre totale, on le sait, c'est une attaque générale sur tous les fronts et par tous les moyens, si diaboliques soient-ils. C'est la guerre contre les hommes, les femmes et les enfants. Pour affronter la guerre totale, il n'y a qu'un seul moyen, c'est l'effort total - effort non pas seulement d'une journée, d'une semaine ou d'un mois, mais l'effort soutenu de tous les jours jusqu'à la victoire".

 

 

 

William Lyon Mackenzie King,
Premier ministre du Canada
(discours à la radio le 2 février 1941)

 

 

 

 

 

Depuis le 22 Juin 1941 et l'offensive allemande contre l'Union soviétique et l'entrée en guerre des Etats-Unis au lendemain de l'attaque japonaise sur Pearl Harbour le 7 décembre 1941, la guerre est devenue mondiale. En France comme dans toute l'Europe, pour faire face à l'effort de guerre, l'Allemagne hitlérienne établit le service du travail obligatoire. Alors que l'organisation Todt édifie le mur de l'Atlantique et fait de l'Europe une forteresse, le Gouvernement du troisième Reich accentue la mise en oeuvre du programme totalitaire et raciste hitlérien.



Après le décret "Nacht und Nebel" de décembre 1941 qui prévoit la mise au secret et la déportation des adversaires de l'ordre nouveau, la conférence de Wannsee met au point "la solution finale" à la question juive. Le 16 juillet, la rafle du Vel d'Hiv à Paris illustre la politique de collaboration répressive et antisémite du régime de Vichy.

 

 


Jubilee : les objectifs, les moyens

 

 


En avril 1942, après le raid allié sur Saint-Nazaire, les alliés britanniques et américains reprennent le projet d'un raid degrande envergure sur un port français du littoral de la Manche destiné à tester les défenses et à apporter la preuve aux Soviétiques qui demandent l'ouverture d'un second front qu'il n'est pas si facile de prendre pied sur la côte française. Le Haut Commandement des opérations combinées porte son choix sur Dieppe pour deux raisons essentielles : la taille de l'agglomération et la distance, compatible avec les moyens de transport disponibles permettant une couverture aérienne constante.

 



L'opération doit durer douze heures, l'assaut frontal ayant lieu sur la plage de Dieppe, après des débarquements latéraux, effectués à Pourville et à Puys permettant de neutraliser les défenses surplombant la plage principale. Les batteries à longue portée de Varengeville et de Berneval doivent également être détruites avant le débarquement sur Dieppe. Les objectifs du raid sont la destruction des défenses allemandes du littoral, des structures portuaires et de toutes les installations à caractère stratégique (dépôts de carburant, stations radio et radar, quartiers généraux, aérodrome...)

 



Plus de 6000 hommes doivent débarquer, dont 4965 Canadiens de la 2ème Division (y compris les équipages des 50 chars Churchill) et 1200 Britanniques des Commandos et des Royal Marines. Le transport est assuré par 250 embarcations (transports de troupes, destroyers, canonnières, vedettes, landing-crafts...). Un millier d'appareils (chasseurs, chasseurs-bombardiers, bombardiers légers) sont utilisés pour l'appui et la défense de la force de débarquement.

 



Le secteur de Dieppe est en août 1942 sous la responsabilité de la 302° Division de la Wehrmacht. Les effectifs sur les différents sites de débarquement sont de l'ordre de 2500 hommes bien équipés et entrainés (571° Régiment de Grenadiers, unités de l'artillerie, de la Flak, de la Kriegsmarine), pouvant bénéficier de renforts conséquents dans des délais très courts. Les fortifications y sont déjà redoutables et la puissance de feu considérable (armes automatiques, mortiers, canons de moyen et de gros calibre, batteries côtières à longue portéeÉ). L'aviation allemande, bien qu'inférieure en nombre, est très dangereuse et a l'avantage d'être à proximité de ses bases arrières.

 



L'attaque, l'échec

 


Dans la soirée du 18 août, la force navale de Jubilee appareille de plusieurs ports de la côte Sud de l'Angleterre. Les différents groupes effectuent une traversée sans histoire jusqu'au moment où, à quelques miles de la côte, l'aile gauche de la flottille, qui transportait le Commando britannique N°3, se heurte d'une manière inattendue à un petit convoi allemand qui faisait route de Boulogne vers Dieppe. Il est 3h45. Le combat qui éclate désorganise complètement l'attaque prévue sur Berneval et met en état d'alerte une partie des défenses ennemies. Un petit groupe de Commandos réussit malgré tout à neutraliser la batterie pendant une heure et demie.



A 4h50, à l'autre extrémité de la zone d'opération, le 4e Commando prend pied à deux endroits de la côte, pour prendre en tenaille la batterie de Varengeville. Le succès est total : la batterie est détruite, les commandos rembarquent vers 8h15 avec un minimum de pertes.

 

 

A 4h50, à l'autre extrémité de la zone d'opération, le 4e Commando prend pied à deux endroits de la côte, pour prendre en tenaille la batterie de Varengeville. Le succès est total : la batterie est détruite, les commandos rembarquent vers 8h15 avec un minimum de pertes.

 



A Puys, le Royal Regiment of Canada est mis à terre à 5h06, en retard sur l'heure prévue. Il fait jour, les défenseurs sont aux aguets, surplombant les assaillants qui tentent vainement de franchir le haut mur de béton qui barre la petite plage, sous un déluge de feu, sans aucune possibilité d'abri. En moins d'une heure, sur les 600 hommes débarqués, les Canadiens perdent 225 tués, le reste de l'effectif est blessé ou capturé, seulement une soixantaine rentre en Angleterre.



La plage de Pourville, objectif du South Saskatchewan et des Cameron Highlanders est atteinte à 4h50 et le village investi sans trop de difficultés. La défense allemande va ensuite progressivement se durcir et, malgré des avancées jusqu'à Petit Appeville dans la vallée et jusqu'au deux-tiers des pentes menant vers Dieppe, les assaillants ne peuvent poursuivre leur effort et doivent se replier en fin de matinée pour rembarquer avec de sérieuses pertes (151 tués, 266 prisonniers, 269 blessés).

 

 

La plage de Pourville, objectif du South Saskatchewan et des Cameron Highlanders est atteinte à 4h50 et le village investi sans trop de difficultés. La défense allemande va ensuite progressivement se durcir et, malgré des avancées jusqu'à Petit Appeville dans la vallée et jusqu'au deux-tiers des pentes menant vers Dieppe, les assaillants ne peuvent poursuivre leur effort et doivent se replier en fin de matinée pour rembarquer avec de sérieuses pertes (151 tués, 266 prisonniers, 269 blessés).

 



A 5h20, après un bombardement préparatoire très insuffisant, les deux premières vagues du Royal Hamilton et des Essex Scottish prennent pied sur la plage de Dieppe. Les chars du 14th Canadian Army Tank Regiment qui auraient dû les accompagner ne débarquent, à grand peine, que quinze minutes plus tard et ne peuvent appuyer efficacement l'avancée des fantassins sur l'esplanade découverte, battue par un feu d'enfer provenant des falaises et des maisons du front de mer. Même ceux qui parviennent à monter sur l'esplanade ne peuvent ensuite franchir les murs de béton barrant chaque accès en direction du centre-ville. Le casino est occupé par des éléments du Royal Hamilton, certains petits groupes parviennent même à franchir les premières rangées de maisons et à pénétrer jusqu'à l'église Saint Rémy.

 



Sur la partie Est de la plage, les hommes de l'Essex Scottish, encore plusexposés, sont très rapidement bloqués par l'intensité des tirs allemands (l'échec des troupes à Pourville et surtout à Puys laissait aux Allemands l'intégralité de leur puissance de feu). Le Commandement allié, basé sur le HMS "Cale", ne voyant rien de ce qui se passait à terre, à cause de la fumée extrèmement dense et mal renseigné par des transmissions défaillantes, expédie de nouvelles vagues en renfort, Fusiliers Mont Royal et Commandos des Royal Marines, qui arrivent sur la plage dans une confusion totale et sans espoir d'améliorer une situation déjà compromise. La bataille meurtrière va continuer jusqu'à la fin de la matinée, l'ordre de repli est donné vers 11 heures aux survivants qui tentent de regagner les embarcations venues les récupérer. Sur les 2000 hommes débarqués, 400 sont morts, seulement 400 réussissent à rejoindre l'Angleterre. Vers 13h, les combats sont quasiment terminés.

 



Le bilan,

 

 

Jubilee se solde par un bilan dramatique : les alliés ont 1380 tués (don t 913 Canadiens), 1600 blessés et plus de 2000 prisonniers. Même la bataille aérienne se révéle désastreuse : la RAF perdit 107 avions ; les Allemands une quarantaine. Parmi la population civile, dans la région dieppoise, le bilan s'élève à 48 tués et une centaine de blessés. Les Allemands ont 345 tués ou disparus et 268 blessés. Ainsi, près de 1800 personnes perdirent la vie pour un affrontement de moins de dix heures, ce chiffre traduit l'intensité meurtrière de la bataille de Dieppe.



 

Alain Buriot
Arnaud Coignet

Publié dans HISTOIRE

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