LES CINQ MARTYRS DU LYCEE BUFFON

Publié le par Lisa Decamps

LES CINQ MARTYRS DU LYCEE BUFFON

 

 

 

 

 

 

Les cinq étudiants du lycée Buffon

Montage photos : (coll. DMPA)

 

 

 

 

 

 

Après la défaite et la signature, le 22 juin 1940, de l'armistice qui aboutit à l'occupation d'une partie du territoire national par les troupes allemandes, tous les français ne se résignent pas. Tandis que, répondant à "l'Appel du 18 juin", certains parviennent à rejoindre le général de Gaulle en Angleterre, d'autres choisissent de poursuivre la lutte de l'intérieur. Des noyaux de résistance se forment; les actes de résistance, individuels ou collectifs, se font de plus en plus nombreux. Dans les facultés et les lycées parisiens, la rentrée scolaire s'effectue dans une atmosphère de sourde opposition. Des tracts appelant à la lutte commencent à circuler, des slogans anti-allemands apparaissent sur les murs.
 
 
 
 
 
 
 

Au lycée Buffon, comme dans d'autres établissements parisiens (Janson-de-Sailly, Carnot, Henri IV, Voltaire...), le mouvement de résistance se dessine, tant chez les élèves que chez les enseignants. Le 11 novembre 1940, ils sont présents dans le cortège des étudiants venus fleurir la tombe du Soldat inconnu lors de la manifestation patriotique organisée à l'Arc de Triomphe en dépit de l'interdiction des autorités allemandes et de la Préfecture de Police.

 

 

Le même désir d'agir, de lutter par tous les moyens contre l'occupant, anime Jean-Marie Arthus (15 ans en 1940), Jacques Baudry (18 ans), Pierre Benoît (15 ans), Pierre Grelot (17 ans) et Lucien Legros (16 ans). Cinq adolescents de la bourgeoisie parisienne (fils de prof, de psychiatre, de fonctionnaire), cinq élèves jusqu'ici sans histoire du lycée Buffon. Distribuant des tracts, collant des papillons, ils multiplient les appels auprès de leurs camarades. Ils s'efforcent de leur faire comprendre que la guerre n'est pas finie; qu'il faut lutter contre l'armée d'occupation. Ils installent une petite imprimerie qui leur permet de reproduire leurs appels chez l'un d'entre eux où ils cachent également leurs premieres armes. Ils prennent des pseudonymes: "Marchand, André, Françis, Paul, Jeannot". Les services de police s'inquiètent des activités de ces jeunes gens dont ils ne connaissent pas encore l'identité.

 

 

 

Au cours de l'année 1941, les groupes et les réseaux de résistance se développent; les attentats et les sabotages se multiplient contre l'occupant dont les mesures de répression s'intensifient. Les cinq condisciples décident durant l'hiver de s'engager plus avant dans la résistance armée en adhérant au mouvement qui donnera naissance aux Francs-Tireurs et Partisans (FTP).
En avril 1942, un professeur de Lettres au Lycée Buffon, Raymond Burgard, un des principaux meneur du mouvement de résistance "Valmy", est arrêté à son domicile par l'Abwehr. La réaction de ses élèves est immédiate. Ils décident de protester publiquement. Durant les vacances de Pâques, ils organisent une manifestation qui se déroule le jeudi 16 avril 1942, jour de la rentrée. A la récréation du matin, une cinquantaine d'élèves d'autres établissements, conduits par Lucien Legros, force l'entrée du lycée et rejoint le groupe de Buffon (un cinquantaine d'élèves), mené par Pierre Benoît. Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry et Pierre Grelot. Ils sont chargés de surveiller et de donner l'alerte en cas de danger. La manifestation se dirige vers "la cour des grands" en criant : "Libérez Burgard" et en chantant la Marseillaise.
 
 
 

 

 

Pendant dix minutes, tracts et appels sont lancés. Les élèves commencent à se disperser alors que la cloche retentit mais un agent du lycée a fait fermer les issues et prévenir la police. Les cinq jeunes réussissent à s'enfuir, Arthus et Legros par "le petit lycée", Baudry, Benoît et Grelot en se cachant dans les caves de l'établissement avec l'aide de Jacques Talouarn. Lors de ce coup d'éclat, Lucien Legros et Pierre Benoît sont reconnus et dénoncés aux autorités. Désormais fichés comme "Jeunes gens très dangereux" et recherchés, ils sont désormais obligés de vivre dans la clandestinité.
 
 
 
 
Loin de cesser, l'activité des cinq amis s'intensifie. Le groupe passe à la lutte armée. En moins de trois mois, ils participent à deux attentats contre des soldats et des officiers allemands, rue de l'Armorique dans le 15ème puis quai Malaquais dans le 6ème arrondissement. Tireurs novices, aucun d'entre eux ne blesseront grièvement leurs adversaires. Aussi, Ils lancent des grenades contre un amiral allemand et ses invités au cours d'une réception donnée à bord d'une vedette amarée quai de Tokyo. Les dégâts occassionnés par cette action sont minimes. Enfin, ils continuent à glisser des tracts sous des portes, coller des affiches... accomplissant tous ces gestes, "petits" et "grands", qui contribuent à saper le moral de l'occupant et à entretenir un climat d'insécurité.
 
 
 
 
Les 3 et 4 juin 1942, quatre d'entre eux sont arrêtés, sur dénonciation. Seul Pierre Benoît parvient à s'échapper.
Le 17 juin, Lucien Legros, Jean-Marie Arthus et Pierre Grelot comparaissent devant le tribunal spécial de Paris pour avoir participé à une manifestation rue de Buci. La sanction est sans appel: travaux forcés à perpétuité pour les trois jeunes gens. Compromis par ailleurs dans des attentats contre les troupes d'occupation, ils sont remis, ainsi que Jacques Baudry, aux autorités militaires allemandes. Pierre Benoît, en fuite, est condamné à mort par contumace.
Pierre Benoît rejoint un groupe FTP de Seine-et-Marne, à Moret-sur-Loing, près de Fontainebleau ou il poursuit la lutte. Il participe avec ce nouveau groupe à des sabotages et à des attentats contre des collaborateurs. Signalé par les renseignements généraux et les services de police comme "chef terroriste très dangereux, toujours armé et se sachant recherché ", il est activement recherché dans toute la France. Pierre Benoît tombe finalement entre les mains de la police française, le 28 août 1942, alors qu'il avait rendez-vous, près de la gare Saint-Lazare, avec une résistante arrêtée la veille. Apès avoir été longuement interrogé, il est livré aux Allemands.
 
 
 

 

 

Le 15 octobre 1942, après un nouveau procès, les cinq jeunes sont condamnés à mort par le tribunal de la Luftwaffe et transférés à la prison de Fresnes. Ils poursuivent leur action au sein même de la prison où ils s'efforcent de rallier leurs gardiens et refusent de recevoir la visite de l'aumônier allemand car il porte l'uniforme SS. Considérés comme fortes têtes, ils sont privés de courrier et de visites. Jacques Baudry et Lucien Legros tentent à deux reprises de s'évader mais sont repris et mis aux fers. Le 8 février 1943, vers 11 heures du matin, ils sont fusillés au stand de tir d'Issy-les-Moulineaux. Puis, leur corps sont jetés dans une fosse commune du cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine.
Après la fin de la guerre, Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros ont été décorés à titre posthume de la Légion d'honneur, de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance et cités à l'Ordre de la Nation. Leurs services ont été homologués au ministère des Armées avec le grade d'officier.
 
 

  

 

 

Source : Extrait de la brochure DMPA, collection "Mémoire et Citoyenneté n°31

 

 

 

  

Poème de Paul Eluard, ami de la famille Legros,  en hommage à Lucien Legros et à ses camarades, 1944 .

 

 

 

 

La nuit qui précéda sa mort
Fut la plus courte de sa vie
L'idée qu'il existait encore
Lui brûlait le sang aux poignets
Le poids de son corps l'écoeurait
Sa force le faisait gémir
C'est tout au fond de cette horreur
qu'il a commencé à sourire
Il n'avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger, il le savait
Et le jour se leva pour lui.

 

 

Publié dans RESISTANCE-MEMOIRES

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