PAROLES D'ETOILES

Publié le par Lisa Decamps

PAROLES D'ETOILES

 

 

 

 

 

Photo : auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

Caroline née Monique BOZON née MOIRAF

 

 

 

" Je me souviens avoir été cachée dans un couvent à Moulin dans l'allier : dénoncée j'ai du fuir avant l'arrivée des allemands, cachée dans des ballots de linge sale qui partaient tôt le matin. J'ai même été baptisée par les Soeurs qui voulaient, à juste titre me protéger mais également épargner leur établissement et les pensionnaires.



Ensuite j'ai été à la Grave, près de la Romanche... puis "adoptée " par des fermiers près de Lyon je suis restée séparée de mes parents et mon frère pendant un an... peut-être plus, j'ai oublié; En revanche jamais je n'oublierai cet officier allemand, et les soldats venus à la ferme à la recherche d'un résistant évadé. Le résistant était caché par les fermiers dans un camion, dans la cour, : je le savais. J'avais 6 ans, j'étais brune comme un pruneau, celle que j'appelais Maman et mon frère de guerre étaient blonds comme les blés. L'officier allemand me prend dans ses bras, me lève à la hauteur de son visage, me regarde, regarde Madame Varet et me dit : qui est cette Dame ?"maman " je lui réponds sans hésiter. M'at-il cru ? : rapprochant son visage du mien comme pour m'embrasser Il ajoute en Français: « moi aussi j'ai une petite fille comme toi en Allemagne ». Est-ce cela qui m'a sauvé? mais au moment où il me posa la question j'ai senti que j'étais en danger. Affolée, Madame Varet (c'est le nom de ces fermiers merveilleux) m'a arraché des bras de l'officier "va donc jouer avec ton frère..." J'obéïs. J 'avais 6 ans et déjà je savais qu'il fallait mentir pour survivre Puis, de loin, je les ai vus mettre des fourches dans la paille du camion, chaque coup me faisait mal comme si c'était moi que l'on transperçait ; j'étais tétanisée par la peur car je le savais'qu'il était là, caché. Ils ne l'ont pas trouvé ; heureusement sinon il était perdu mais nous aussi, et cela je le sentais ... à 6 ans…cela vous forge le caractère pour le restant de votre vie. Ils sont partis nous promettant de revenir.

 



Plus tard, on enterra un résistant, ce devait être vers la fin de la guerre. Tout le village tournait autour du
cercueil qui était exposé sur la place de la Mairie. Nous nous tenions tous par la main, comme pour faire une grande ronde silencieuse. Je donnais d'un coté la main à Madame Varet et de l'autre à mon frère? quand soudain j'aperçus de l'autre coté du cercle là, debouts, le regard fixé sur moi, "mon papa et ma maman” .Je lachais la main de mon frère et prête à crier et à m'élancer je suis bloquée et rappelée à l'ordre par la Fermière... je passais alors devant mes parents en les regardant, sans dire mot, les yeux pleins de larmes et d'amour. Aucun d'entre nous ne broncha. J'appris par la suite que nous étions entourés d'allemands et que le risque était toujours là. J'ai regardé ma Mère ; elle avait les 2 jambes bandées. Nous sommes rentrés à la ferme et eux sont repartis : nous n'avions pas échangé un seul mot. Bien plus tard, quelques mois après cette cérémonie, quand nous nous sommes retrouvés, j'ai su
qu'ils avaient voulu, me voir. Ils avaient emprunté un vélo et ma pauvre maman qui n'était jamais montée sur un vélo était tombée et s"était abîmée les deux jambes. Elle a gardé ses pansements pendant de longs mois car l'infection ne guérissait pas. Les années ont passé, mais je ne peux oublier ce morceau de ma petite enfance.

 


J'ai été cachée pendant un an, peut-être deux, mes parents ne sont plus là pour me le dire. Mon père ne
parlait que très peu de cette époque, seule ma mémoire peut reconstrure quand j'y pense quelques instants de cette douloureuse époque. L'écrire ne me soulage pas du tout, mais révèle plutôt une émotion et une douleur que je croyais enfouies à jamais. Ces quelques lignes font resurgir trop de choses qui me font souffrir alors je préfère m'arrêter et comme mon père : me taire. "

 

 

 

 

 

. Raymonde Libermanas



 

 

" Je jouais à la marelle sur le trottoir, devant la maison, lorsque je vis apparaître, sur le trottoir opposé,mes grands-parents encadrés par deux gendarmes. Ma grand'mére marchait difficilement. Elle n'y voyait presque plus. Mon grand'père regardait droit devant lui. Il ne tourna pas la tête de mon côté pour m'envoyer un baiser de la main, comme il faisait toujours. Je demeurais là, le palet de la marelle entre Le Ciel et La Terre. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J'avais cinq ans en cette année de 1941. Puis, un matin, deux gendarmes sont venus chercher mon père. Il était encore au lit. Il s'est habillé, ma mère a préparé une petite valise. Il nous a recommandé d'être sages et a dit qu'il reviendrait bientôt. Il m'a prié de lui donner mon petit chien en peluche noir. Lui aussi est parti encadré des deux gendarmes. Vers l'automne de cette même année, alors qu'elle préparait un gâteau, ma mère m'expliqua que, moi aussi, je devrais partir. Avant que les gendarmes ne viennent me chercher. Je ne voulais pas quitter ma maman. Je ne voulais pas quitter mon école, ni mes petits amis.

Je ne voulais pas partir avec les gendarmes. Et pour quelle raison voulaient-ils m'emmener ? J'étais une si mignonne petite fille. - Si les gendarmes viennent et qu'ils te demandent "où est la petite fille", tu diras que la petite fille n'est pas là. Et les gendarmes partiront. Ma mére était enceinte et, de par la loi, elle ne pouvait étre arrêtée. Elle n'attendit pas que les gendarmes viennent me prendre. Elle prépara ma petite valise. Elle me mit mon manteau. Madame Schmitt m'avait confectionné un manchon de fourrure pour y mettre mes mains et surtout pour flatter ma coquetterie enfantine. Une dame - une accompagnatrice - m'emmena à Orthez, dans les Basses-Pyrénées (aujourd'hui Atlantiques). Elle me déposa à l'Asile Protestant, chez les Demoiselles Privat. Qui me confiérent à un couple de paysans, Mr et Mme Lassoureille. Qui me gardèrent jusqu'en 1944. En 1945, mon père revint. Où était donc le jeune homme à la chevelure ondoyante, au regard cajoleur, au sourire de grand gosse ? Il se tenait devant moi, mais n'avait pas l'air vivant. Sa santé était détruite. Je lui demandais où était-il pendant toutes ces années, que lui était-il arrivé ? Il me promit de répondre "plus tard" à mes questions.

Il ne me raconta jamais rien. Je ne lui ai plus demandé. Mais je l'ai entendu parler de travail forcé, de coups, de faim, de froid, de chambres à gaz, de crématoire, de la marche de la mort, de soif. Un jour, durant les vacances d'été, nous sommes tous retournés à Orthez. Mes parents, mes frères et moi. Rien n'avait changé. Le paysage était aussi beau, aussi féérique que lorsque je vivais dans cette région. Les Pyrénées et leurs neiges bleues, blanches, roses selon l'heure du jour ou de la nuit tombante, dressaient ses sommets qui m'envoutérent, enfant. Nous sommes arrivés à la ferme. J'ai embrassé le monsieur, la dame, les voisins. Sans émotion aucune. Nous avons visité mon école, la vieille Halle du marché, avons traversé le petit pont, sommes passé devant la gare. Aucune émotion, nulle part. J'éprouvais, alors, un sentiment de honte, de spoliation de ma dignité qui m'a poursuivi toute ma vie. Sans que je ne puisse me l'expliquer. Il y a plus de 55 ans de cela. Orthez et toute sa population ont fait acte d'héroisme. Ils m'ont sauvé la vie, celle de mes jeunes frères et celle de nombreux enfants, qui, comme moi, étaient en péril de mort, livrés aux nazis par la France. Je suis née à Paris.

J'aime la France. Je l'ai toujours aimée. J'ai correspondu avec les Demoiselles Privat jusqu'à leur mort. Monsieur et Madame Lassoureille sont morts aussi. A ma demande, YAD VASHEM, à Jérusalem, leur a décerné la Médaille de Justes Parmi les Nations. Avec la même mention symbolique pour toute la population d'Orthez. Un jour, je retournerai à Orthez, avec émotion, avec joie, avec orgueil, avec gratitude. Mais, vous qui me lirez, pouvez-vous me dire comment remercier mes bienfaiteurs, ces personnes, ces inconnus qui m'ont sauvé la vie." Raymonde Libermanas.

 

 

 

 

 

Source :  http://www.parolesetoiles.com/temoin/index.php

Publié dans TÉMOIGNAGES

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Reboul 28/12/2005 05:22

Trés émouvant, comme nombres de témoignages de cette période tragique, que nous ne devons pas oublier et que nous générations d'après guerre, devons poursuivre cette tansmission de mémoire.
Continuez dans ce sens. Merci

Pauline 22/12/2005 17:01

Des témoignagnes très émouvants. Pauvres gens qu'est ce que je le plains! Quelle leçon de courage pour l'humanité toute entière! Réellement à méditer!