"COULEUR DU JOUR"

Publié le par Lisa Decamps

CHANSON DE L'UNIVERSITE 
DE STRASBOURG
Horloge et Pilier des anges
 
Photo: auteur inconnu
 
Cathédrale couleur du jour Prisonnière des Allemands Tu comptes inlassablement Les saisons les mois les moments Ô cathédrale de Strasbourg
 
Ils étaient partis emportant Ce que contient une besace Le souvenir de tes rosaces Et de cigognes sur l'Alsace Cela fait un bon bout de temps
Enseigner c'est dire espérance Étudier fidélité Ils avaient dans l'adversité Rouvert leur Université À Clermont en plein coeur de France
Maîtres du haut savoir ancien Jeunes gens aux regards de juges Vous préparez dans ce refuge Les lendemains du grand déluge Quand Strasbourg reverra les siens
Science longue patience Mais d'où vient qu'ici tout s'est tu Les Nazis sont entrés et tuent La force est leur seule vertu La mort est leur seule science
Ils dispersent d'un poing de fer Jusqu'aux cendres de nos foyers Ils tirent au hasard Voyez Ce corps sur la chaire ployé Que faire mes amis que faire
Le massacre des Innocents Sachez qu'Hérode s'il l'ordonne C'est peur d'un enfant de madone Parmi vous qui naît et s'étonne De la belle couleur du sang
Les fils de Strasbourg qui tombèrent N'auront pas vainement péri Si leur sang rouge refleurit Sur le chemin de la patrie Et s'y dresse un nouveau Kléber
Des Klébers par le temps présent Il en est cent il en est mille Des militaires des civils Dans nos montagnes et nos villes Des Francs-Tireurs et Partisans
À Strasbourg nous irons ensemble Ainsi qu'il y a vingt-cinq ans La victoire est dans notre camp À Strasbourg dites-vous mais quand Regardez les Prussiens qui tremblent
À Strasbourg à Prague à Oslo Trois universités martyres Regardez-les tandis qu'ils tirent Sachant déjà qu'ils vont partir Et que la défaite est leur lot
Regardez-les comme ils faiblissent Conscients de leur destinée Les bourreaux sont les condamnés Nous les chasserons cette année Malgré leurs chars et leurs complices
Aux armes héros désarmés Pour Strasbourg la France et le monde Entendez cette voix profonde Qui gronde qui gronde qui gronde Meurent les assassins gammés
Cathédrale couleur du jour Prisonnière des Allemands Tu comptes inlassablement Les saisons les mois les moments Ô cathédrale de Strasbourg
 
 
 
 
 
Louis ARAGON

Publié dans POEMES

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