"COMPLOT DANS L'INTERET DE LA FRANCE"

Publié le par Lisa Decamps

FERNAND BONNIER DE LA CHAPELLE

 

 

 

Alger en 1940

Photo: auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

Fernand Bonnier de La Chapelle, né en 1922, fit ses études secondaires au Lycée Stanislas. Il fut ensuite étudiant à Alger, où son père était journaliste à la Dépêche Algérienne.

L'engagement au corps franc d'Afrique

A la suite du débarquement allié en Afrique du Nord (Opération Torch), Fernand Bonnier de La Chapelle fut l’un des premiers à s’engager au Corps Franc d’Afrique en formation sous la direction initiale d'Henri d'Astier de la Vigerie, ancien chef de la résistance nord-africaine. Ce choix d’engagement impliquait nécessairement des convictions personnelles hostiles au vichysme. En effet, cette formation avait été fondée par un groupe de résistants du 8 novembre qui trouvaient insupportable le maintien au pouvoir de l’« Amiral de la Flotte » François Darlan compromis dans la collaboration, et qui, d’autre part, ne voulaient pas servir sous le commandement de généraux qui venaient de faire tirer sur nos alliés à Oran et au Maroc, tout en livrant sans combat la Tunisie à l’ennemi.
Lorsque Henri d’Astier fut nommé à la tête de la police comme Secrétaire-adjoint à l'Intérieur, par Darlan, qui espérait ainsi(et à tort) se l'attacher, les membres du Corps franc d'Afrique maintinrent des relations officieuses avec ce dernier, et ce fut Bonnier qui fut désigné pour assurer cette liaison. Il rendit donc souvent visite, à cet effet, au domicile d’Henri d’Astier, où il rencontra aussi le lieutenant abbé Cordier, lui aussi résistant du 8 novembre, ami et confesseur de d’Astier.

L'impopularité de Darlan

A cette époque, des membres du Corps franc venaient presque toutes les nuits à Alger, où ils couvraient les murs de slogans peu amènes pour Darlan, telles que « L’amiral à la flotte ! ».
Darlan n’encouraient pas seulement des reproches pour ses trahisons passées, mais aussi pour son attitude présente, puisqu’il maintenait dans le camp allié les pires lois d’exclusion d’inspiration hitlérienne, ainsi que les mesures de répression vichystes, telles que l’internement dans les camps de concentration du sud de plusieurs milliers de résistants français, de républicains espagnols et de démocrates d’Europe centrale, coupables de s’être engagés en 1940 dans la Légion étrangère afin de combattre pour la France .
Par conséquent les volontaires pour abattre Darlan ne manquaient pas parmi les éléments patriotiques de la population algéroise.

La Conspiration

C’est dans ce climat que, passant des paroles aux actes, Fernand Bonnier de la Chapelle tira à la courte paille avec 3 de ses compagnons d’armes, qui avaient participé, quelques semaines plus tôt au putsch du 8 novembre 1942 dont avait découlé le succès de l'Opération Torch, celui d’entre eux qui se dévouerait pour débarrasser la France de Darlan, dont la présence au pouvoir rendait impossible toute union avec la France Libre.
A la suite de ce tirage au sort, Bonnier se procura un revolver, et, le 24 décembre, jour choisi pour accomplir son geste, il rencontra d’abord l’abbé Cordier auquel il se confessa. L’abbé, après l’avoir entendu, lui donna par avance 1942, compte tenu de la fermeté de sa décision, l’absolution. Puis Bonnier, accompagné en voiture par ses camarades, se présenta en fin de matinée au Palais d’Eté, où, Darlan étant absent, il lui fut conseillé de revenir l’après-midi.

 

L'attentat

Il déjeuna le même jour avec Henri d’Astier, et revint au Palais d’Eté où on l’installa dans un couloir pour attendre Darlan. Après avoir patienté quelque temps, il vit enfin l’Amiral apparaître et se diriger vers son bureau, accompagné du capitaine de Frégate Hourcade. Bonnier vint à sa rencontre et l’abattit de 2 balles.
Puis comme Hourcade s’accrochait à lui, il le blessa d’une balle pour se dégager, mais fut rapidement maîtrisé par les occupants des bureaux voisins.
Interrogé le soir même par deux policiers il déclara avoir agi seul, et ne parût pas s’inquiéter de la suite des évènements.

 

 

L'exécution précipitée de Bonnier

Le lendemain matin, le 25 décembre 1942, un capitaine-juge d'instruction, bâcla en moins d'une heure l'instruction le matin du 25 décembre: Après une déclaration de Bonnier affirmant qu'il avait agi seul pour des raisons de propreté morale, ce juge, peu curieux, estima en savoir suffisamment pour clore là l'enquête et signa une ordonnance de renvoi au tribunal militaire d'Alger.
Ce tribunal siégea le soir même et, dépourvu lui aussi de curiosité, rejeta les demandes de supplément d'enquête, qui pourtant étaient de droit, présentées par Mes Viala et Sansonnetti, les avocats de l'inculpé. Le reste de la procédure se déroula en moins d'un quart d'heure, et le tribunal, ne tenant pas compte des motivations patriotiques de Bonnier ni de son âge, le condamna à mort.
Un recours en grâce, dont le pourvoi était suspensif, fut alors immédiatement présenté. Il aurait dû légalement être soumis au chef de l'État, le maréchal Pétain, puisque, tant Darlan que les autres membres du Conseil Impérial exerçaient leur autorité au nom du "Maréchal empêché". Ce qui aurait conduit à attendre la fin des hostilités pour permettre à celui-ci de se prononcer.
Mais Noguès, doyen du Conseil impérial, se proclama Haut-commissaire par intérim, en vertu d'une ordonnance prise par Darlan du 2 décembre 1942, mais non publiée (ce qui lui retirait toute valeur légale, même dans l'ordre juridique de Vichy), et, usurpant la fonction de Chef de l'État du Maréchal, dont pourtant il prétendait tenir ses pouvoirs, il rejeta immédiatement le recours en grâce, et il le rejeta en pleine nuit. Giraud, qui dirigeait alors la justice militaire en tant que Commandant en Chef, refusa de différer l'exécution, et donna l'ordre de fusiller ce jeune résistant dès le lendemain matin, à 7h30. Deux heures plus tard Giraud s'agenouillait devant le cadavre de Darlan.

 

 

Or, dans la nuit, peu après la condamnation, un évènement s'était pourtant produit, qui aurait pu sauver Bonnier à la dernière minute. Celui-ci alarmé par sa condamnation avait demandé à parler à nouveau à un policier. Ce fut le commissaire Garidacci qui vint l’entendre. Il semble qu’alors, Bonnier ait révélé que l'Abbé Cordier était au courant de son entreprise, et qu'il se soit également prévalu de la protection d'Henri d’Astier, Secrétaire à l'Intérieur du Haut-Commissariat, dont il connaissait l’hostilité à Darlan. Il avait jusque là compté sur celle-ci, en cas de succès de son acte, mais n'étant pas au courant des démarches déjà entreprises par d'Astier et ses amis, il se sentait soudain abandonné. Garidacci conserva par devers lui cette confession sans en parler à quiconque au lieu de la communiquer à ses supérieurs, avec l'intention pense t'on de faire chanter ultérieurement son chef, Henri d'Astier. Si bien qu'elle ne fut découverte que quelques jours plus tard, au cours d'une fouille de son bureau. Trop tard pour Bonnier.
Giraud, qui n'avait rien fait pour empêcher l'exécution, ni même pour la retarder, en fut récompensé le jour même par les membres vichystes du Conseil impérial, qui l'élirent sans aucune objection à la place de Darlan. Il prit alors comme adjoint le général Bergeret, ancien ministre de Pétain, et maintint à son tour, dans le camp allié, le régime de Vichy dans toute sa rigueur. Lorsque diverses personnes, dont Henri d’Astier, se présentèrent à Giraud,à peine élu, pour demander la grâce de Bonnier, celui-ci leur répondit qu’il était trop tard. Mais il ne se justifia jamais de sa hâte inattendue à faire exécuter ce jeune patriote de 20 ans.

 

 

Les arrestations et la réhabilitation posthume

 

Giraud fit arrêter, le 24 décembre 1942, 27 chefs de la résistance algéroise, qui n’avaient rien dans à voir dans cette affaire. Ils n’en furent pas moins déportés sans délai dans une oasis saharienne, sans que Robert Murphy, représentant personnel de Roosevelt, consente à intervenir en leur faveur (et alors que ces hommes avaient risqué leur vie quelques semaines plus tôt, pour empêcher, par leur putsch du 8 novembre 1942, l'armée d'Afrique de tirer sur les soldats alliés). Quant à d’Astier, il tenta de fuir, mais fut finalement arrêté chez lui, un peu plus tard.

 

 

Pour Henri d’Astier, l’épreuve fut plus longue, et ce fut seulement en novembre 1943, après la prise en mains par de Gaulle seul de la présidence du Comité français de la Libération nationale, qu’Henri d’Astier de la Vigerie et l’Abbé Cordier furent enfin relâchés.

 

 

Quant à Bonnier, il fallut attendre plus longtemps encore. Mais il fut réhabilité par un arrêt de la Chambre des Révisions de la Cour d’Appel d’Alger, du 21 décembre 1945, qui jugea que l’exécution par ses soins de cet amiral, collaborateur avoué de l’ennemi, avait été accompli « dans l’intérêt de la libération de la France ».

 

 

 

 

 

 

 

Source : Wikipédia encyclopédie

Publié dans BIOGRAPHIES

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