LES REDUITS DU MASSIF CENTRAL

Publié le par Lisa Decamps

LES REDUITS  DU MONT MOUCHET ET DE LA TRUYERE

Carte: auteur inconnu

 

I – Les projets de réduits dans le Massif Central

L’idée de constituer un réduit militaire dans une région favorable de la zone sud de la France a été formulée par l’état-major du général de Gaulle en octobre 1942, lors de la mission d’Henri Frénay ( chef du mouvement " Combat ") à Londres. De retour en France Frénay étudia le projet avec d’autres chefs de la résistance intérieure et établit un rapport le 28 janvier 1943 dans lequel il proposa l’installation de plusieurs réduits dans les régions montagneuses des Alpes, du Jura, et du Massif Central à condition d’avoir l’assurance formelle de Londres que ces maquis soient ravitaillés en vivres et munitions.

A partir de janvier 1944, l’imminence d’un débarquement allié et les problèmes provoqués par la présence de nombreux maquisards dans les monts d’Auvergne pour échapper au (S.T.O.), amènent les Mouvements Unifiés de Résistance d’Auvergne à étudier concrètement, le projet d’un réduit, mais sans aucune coordination avec le Bureau Central de Recherches et d’Action en Angleterre.

Dans l’ignorance de ce qui se passe à Londres, Emile Coulaudon, dit " Gaspard ", devenu chef de L’A.S. en R6 ( Puy de Dôme, Cantal, Allier, Haute-Loire) en avril après l’arrestation de son chef " Christophe ", recherche des liaisons avec l’extérieur et réclame des cadres, des armes et munitions. Il rencontre le major " Philippe " chef des réseaux Bruckmaster du S.O.E.. Très vite l’aide lui parvient en Margeride, d’abord le 8 mai par une mission Jedburgh puis le 10 par un gros parachutage d’armes non loin de la Truyère qui sera suivi de beaucoup d’autres.

Ainsi " Gaspard " se croit assuré de l’appui du haut commandement allié. Pourtant il est clair que la décision des chefs auvergnats de constituer des réduits sera une initiative locale bien antérieure à l’élaboration du plan " Caïman " et de la force C. Ce plan, confié au général Billote pour étude en juin 1944, envisageait dans le cadre du débarquement en Provence en août 1944 de soutenir la résistance intérieure en Auvergne avec des troupes aéroportées. Il fut abandonné le 31 juillet.

 

II – La Mobilisation

Le 2 mai 1944, près de Paulhaguet (Haute-Loire) au nord du mont Mouchet, une réunion des chefs des mouvements de résistance d’Auvergne, sous la présidence de Henri Ingrand chef des M.U.R., prend la décision de constituer trois réduits :

  • Le réduit du mont Mouchet, situé sur un large plateau de 1000 à 1500 mètres d’altitude, est à cheval sur les trois départements de la Haute-Loire, du Cantal et de la Lozère et fait environ 15 kilomètres de diamètre.
  • Le réduit de la Truyère, vers Chaudes-Aigues, beaucoup plus difficile d’accès, est protégé au nord par les gorges de la Truyère.
  • Le réduit du Lioran est au pied du Plomb du Cantal.

La décision est prise à l’unanimité mais non sans heurts à cause de divergences sur le rôle précis à donner aux réduits. Elle semble s’imposer à tous par la situation intenable de la résistance en Auvergne devenue trop effervescente, trop anarchique et mal protégée contre l’activité de l’occupant.

Les représentants de l’organisation de résistance de l’armée (O.R.A.) ne participent pas à cette réunion car ils n’ont pas été invités, mais " Gaspard " assure qu’il sera aidé par des officiers de carrière pour encadrer les réduits. En s’installant au mont Mouchet il choisit comme chef d’état-major le colonel Garcie " Gaston " et le colonel Mondange " Thomas " est nommé responsable militaire du réduit de la Truyère.

L’ordre de mobilisation générale n’intervient que le 20 mai 1944, cependant l’ordre de rejoindre immédiatement le maquis avait commencé à circuler le 8 mai . Le 20 mai ne fait qu’accélérer le mouvement. A pied, en voiture, par car ou par le train, les volontaires de toute la région et spécialement du Puy de Dôme convergeaient vers la Margeride. En quinze jours 2700 hommes rejoignaient le mont Mouchet, 1500 la Truyère. L’engagement fut tel que l’on du ouvrir un réduit à Saint Genès, à la limite du Puy de Dôme et du Cantal. Le camps sera prudemment dissout après les combats de la Truyère.

Les maquisards du mont Mouchet, bien armés grâce aux parachutages antérieurs, furent répartis en 15 compagnies occupant des emplacements sur le pourtour de la zone . La Margeride avait reçu en effet plus de 55 tonnes d’armes et matériels dont 3000 armes individuelles, 150 fusils mitrailleurs, 3600 à 4000 grenades. Six compagnies étaient dotées de mitrailleuses légères et de bazookas. Beaucoup de jeunes cependant n’eurent pas le temps de prendre en main leur armement par manque de formation.

 

III - L’assaut allemand contre le mont Mouchet

Tout au long du mois de mai 1944 les Allemands apparaissent bien renseignés sur les regroupements des maquis en Margeride. En avril, des accrochages avaient opposé maquisards et Allemands et avaient apporté des renseignements précis qui permettaient de délimiter les zones de regroupement.

Le général von Brodowski qui commandait l’état-major principal de liaison de Clermont-Ferrand et qui avait la responsabilité du maintien de l’ordre dans le Massif Central, réclama des troupes au commandant allemand pour la zone sud. Le 3 juin, 1800 hommes environ, sous le commandement du général Jesser, sont mobilisés pour " rétablir l’autorité des troupes d’occupation dans le Cantal, combattre et détruire par tous les moyens les bandes existantes ". Le 9 juin à 15 heures la circulation des véhicules est interdite sur les route de campagne, la mise en place des troupes pour l’assaut du mont Mouchet est terminée.

Le 10 juin 1944, dans l’après midi,

l’attaque allemande est menée par trois colonnes avec mitrailleuses sur pneus, mortiers légers, canons anti-aériens de calibre 20mm. convergeant vers le réduit :

  • L’une sur l’axe Ouest-Est, Saint-Flour, Ruynes en Margeride, Clavières (400 à 450 hommes)
  • L’autre, sur l’axe Nord-Sud Brioude, Pinols, (500 à 600 hommes)
  • La troisième venant du sud en direction de Saugues et Monistrol (500 à 600 hommes).

Des combats très violents vont se dérouler jusqu’à la nuit sur les axes de pénétration du réduit :

  • à Saugues d’abord où les maquis du réduit de Venteuges bloquent la colonne sud .
  • à Pinols, où deux compagnies du maquis et le célèbre corps franc des Truands stoppent la progression de l’adversaire,
  • autour de Clavières en flammes où la colonne allemande venant de Saint-Flour progresse, quand elle le peut, sur deux itinéraires au milieu de trois compagnies de maquisards.

Toutefois les attaques déclenchées trop tard dans la matinée ne permettent pas l’encerclement du réduit et obligent les allemands à se replier.

Dans la soirée du 10 juin, tandis que " Gaspard " et son état-major décide un repli général vers la Truyère pour le 11 juin au matin et que le poste de commandement est transféré de la maison forestière à Paulhac en Margeride, le colonel Garcie se rend dans le réduit de la Truyère pour demander auprès du colonel Mondange que des renforts soient dirigés sur Clavières dans la nuit .

Le 11 juin 1944, vers 10-11 heures,

L’attaque allemande reprend avec un effectif d’environ 2700 à 2800 hommes avec artillerie et aviation, qui s’élance vers le mont Mouchet sur trois axes.

Les combats sont acharnés à Saugues, Pinols et Clavières où des compagnies contiennent la progression allemande pendant que d’autres s’échappent par la route du sud laissée libre avec une seule idée : trouver une voie de retraite ou périr. A la nuit toutes les compagnies avaient réussi à s’échapper, et les trois colonnes allemandes n’avaient pas réussi à faire leur jonction ce qui montre la valeur de la résistance des maquisards.

Le bilan des pertes.

Coté Français, les documents, enquêtes et publications donnent un total de 119 à 126 maquisards tués (particulièrement de la 26e compagnie venant de la Truyère près de Clavières, de la 14e compagnie au nord du dispositif et les Truands au sud), 60 blessés ainsi que 54 à 57 civils fusillés.

Les chiffres les plus fantaisistes ont été donnés au sujet des pertes allemandes en Margeride, alors que celles-ci se situent entre 25 et 37 tués et une soixantaine de blessés. Les sources allemandes et les enquêtes menées par E. Martres, publiées dans son ouvrage : " Le Cantal de 1939 à 1945 ; les troupes allemandes à travers le Massif Central ", confirment la modestie des pertes ennemies.

 

IV - Le combat de la Truyère.

Le réduit de la Truyère était occupé depuis octobre 1943 par le maquis " Revanche " rattaché à l’A.S.. Il était composé de 300 à 400 hommes environ . Après le 20 mai 1944 , 1300 hommes répartis en 14 compagnies étaient rassemblés sur le plateau entre la Truyère et le Bès. A la veille de l’attaque allemande l’effectif, brutalement renforcé par des hommes échappés du réduit de la Margeride dans la nuit du 11, atteint environ 3000 hommes. Parfaitement informés par leurs reconnaissances aériennes et les divers accrochages qui se déroulèrent autour du réduit, les Allemands localisèrent dès le 18 mai avec précision le nouveau rassemblement.

Le mardi 20 juin l’assaut allemand se développe à partir de trois axes de pénétration avec un effectif de 1700 à 2000 hommes  et pour ne pas renouveler les erreurs de la Margeride, l’attaque est déclenchée dès 8h30. Assaillis de toutes parts, les maquisards défendent pied à pied leurs positions. Les villages d’Anterrieux, Pradelles, Saint -Martial où " Gaspard " a son PC , sont totalement détruits. Dans de nombreux hameaux des maisons sont pillées et incendiées.

Devant la supériorité du feu allemand " Gaspard " donne alors, dans l’après midi, l’ordre d’abandonner le réduit et de décrocher à la nuit en direction du Plomb du Cantal. Dans la nuit du 20 au 21 les maquisards abandonnent tout le matériel, notamment les véhicules dont une partie est détruite avant leur départ, mais ils se sont bien battus et la grande majorité des hommes a pu échapper à la destruction ou à la capture en traversant la Truyère qui heureusement était très basse et guéable en de nombreux points.

Les pertes françaises se chiffrent le soir du 20 juin à 70 combattants auxquels il faut ajouter 43 maquisards et une dizaine de civils abattus dans les jours suivants plus une trentaine de prisonniers dont le sort reste inconnu. Contrairement à certaines idées reçues, les pertes allemandes furent faibles et se situent autour de 15 tués

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette présentation est largement inspirée du cours d’histoire de l’école supérieure de guerre (1968) et du travail d’Eugène Martres sur " le Cantal de 1939 à 1945 ; les troupes Allemandes à travers le Massif Central " édition de Borée, 1993.

Publié dans RESISTANCE-MEMOIRES

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