LA PEUR AU VENTRE

Publié le par Lisa Decamps

LA PEUR AU VENTRE

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce n'est pas le livre du siècle et vous n'y apprendrez rien que vous ne sachiez déjà. C'est un simple témoignage. Où il n'y a ni pudeur, ni fanfaronade. Le témoignage d'un soldat qui raconte la Seconde Guerre mondiale comme il l'a vécue. La peur au quotidien et la servitude sans gloire.



D'où le titre de ce livre publié par Septentrion : La Peur au ventre.



Un livre vivant, un livre qui donne à réfléchir, un livre qui remet les pendules à l'heure. La guerre n'est pas une épopée, c'est une abomination. Et ceux qui y participent doivent apprendre à maîtriser leurs propres émotions pour être capables d'affronter l'ennemi !

Ce qui est loin d'être évident quand on a tout juste 20 ans.



L'auteure de ce document est une jeune Gaspésienne, Julie Hébert. Lors d'un long séjour en Europe - elle a travaillé comme assistante-bibliothécare à l'Institut français de Vienne - elle s'est prise de passion pour le débarquement de Normandie.



De retour au pays, elle a recueilli et consigné le témoignage d'un vieux monsieur, Marcel Auger. Comme la plupart de ceux qui y sont allés, il aime bien raconter ses souvenirs de guerre.



*****

Marcel Auger était l'aîné d'un couple de commerçants de la rue Saint-Paul, à Québec. Son père était un homme âpre au gain. Épicier, restaurateur et contrebandier à ses heures. Les gens du coin l'avaient affublé d'un sobriquet, le Juif.



Il meurt à l'âge de 36 ans et laisse aux siens un paquet de dettes.



Femme de caractère, son épouse prend la relève. Le pays est en guerre et l'heure n'est plus à la rigolade. Elle envoie le jeune Marcel travailler à l'arsenal.



Quand on a 16 ans, on a envie de faire autre chose que de fabriquer des balles de 303. Lui, Marcel, il rêve d'être pilote, de voir du pays et de connaître une vie excitante.



Un jour, il va faire un tour au bureau de recrutement de la rue Buade. Le bureau de recrutement de l'aviation. Il hésite. Il y pense toute la nuit. Le lendemain, il y retourne et il signe un engagement.



Nous sommes le 2 novembre 1942. Marcel a 18 ans. Un âge où tous les espoirs sont permis.



Première étape, une caserne à Lachine. Où il passe des tests. Ses supérieurs décident qu'il sera mitrailleur. Direction Toronto où il va s'initier à la langue anglaise. Puis ce sera l'école de Fingal pour y apprendre le métier de mitrailleur sur un Lysander.



Au cours d'une permission à Québec, il rencontre un ami de son père. Un certain Paul-Émile Thériault. Un homme instruit et cultivé. Il est pilote. Il explique à Marcel à quel point le poste de mitrailleur est dangereux. Il lui suggère de renoncer : «Fais-toi assigner G. D.».



G. D. ? General Duties. Autrement dit n'importe quoi : corvée de chiottes, corvée de patates, corvée de balayage.



Le 24 juin 1943, Marcel embarque à bord du Pasteur dans le port de Halifax. Ce jour-là, ils sont 7000 à prendre la mer pour l'Angleterre.



C'est là, dans le port de Liverpool, que le jeune Québécois affronte son premier bombardement et sa première peur au ventre.



Il est affecté au 39e escadron de l'aviation cantonné à Woodchurch, dans le sud du pays. Les Québécois y sont minoritaires. Si les relations avec les Canadiens sont assez cordiales, elles deviennent franchement détestables avec les Anglais d'Angleterre.



Les Québécois sont victimes d'arrogance et de mépris. Ils se font dire : «What kind of language are you talking? Indian? Why don't you wear your feathers on?»



Un soir, une bagarre éclate entre les Québécois et le sergent-major Higinbothom. Les Québécois passeront en cour martiale et feront de la prison. Le pitt bull, lui, sera transféré d'escadrille.



Juin 1944. Les Alliés débarquent en Normandie. Marcel a appris un nouveau métier : chauffeur. Il est responsable d'un gros camion-citerne et de l'approvisionnement en kérosène des Spitfire de son escadron.



Marcel découvre la France. Puis la Belgique.



La guerre et son cortège de souffrances, c'est en Hollande qu'il en prendra vraiment conscience.



Puis ce sera l'invasion de l'Allemagne. Et la découverte de l'indicible : le 14 avril 1945, le jeune Québécois est au nombre de ceux qui ouvriront les portes du camp de concentration de Bergen-Belsen. Y croupissent 60 000 déportés. Un peu plus de 14 000 d'entre eux mourront d'épuisement dans les jours qui suivent...

 


Article de Didier FESSOU

(La peur au ventrre de Julie HUBERT 292 pages, Septentrion)

Publié dans TÉMOIGNAGES

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