LA LIGNE MAGINOT

Publié le par Lisa Decamps

LA LIGNE MAGINOT

 

Ouvrage du Hackenberg

Photo: Fistos

 

 

  

 

 

La Première Guerre mondiale, qui s'achève, pour la France, le 11 novembre 1918, laisse derrière elle un pays détruit, exsangue, essoufflé qui vient de vivre la guerre la plus dévastatrice de son histoire et qui souhaite plus que tout éviter un nouveau conflit. La conception de la Ligne Maginot au cours des années 20, puis sa réalisation au cours des années 1930 découlent directement de ce conflit. En effet, la guerre a aggravé la situation démographique de la France, qui se trouve ainsi lourdement défavorisée face à l'Allemagne : en cas de nouvelle guerre, il est nécessaire d'économiser au maximum le précieux « sang français » exalté par les nationalistes dans l'entre-deux-guerres. La France a subi d'immenses destructions qui ont affecté de grandes villes, des terroirs agricoles fertiles, des axes de communication majeurs et des bassins industriels de première importance; pour éviter cela, il est nécessaire, en cas de guerre, de repousser immédiatement toute incursion ennemie et de garantir l’intégrité du territoire national.

De plus, les forts Séré de Rivières, construits dans les années 1880 pour protéger les nouvelles frontières de l’Est après la perte de l’Alsace-Lorraine à l'issue de la guerre de 1870, sont désormais trop éloignés de la frontière après le retour des territoires perdus à la France, et leur armement est obsolète.

Ces nouvelles fortifications ont ainsi de nombreuses fonctions en cas de guerre :

  • économiser les troupes et compenser les classes creuses causées par la Première Guerre mondiale ;
  • empêcher une attaque surprise venant de l'Allemagne et permettre la mobilisation à l'abri de l'armée française ;
  • protéger les bassins industriels et les mines d'Alsace et de Lorraine ;
  • servir de base à une éventuelle contre-attaque ;
  • dissuader d'une attaque ennemie surprise pour pousser les Allemands à passer par la Belgique, par la Suisse ou encore par la trouée de la Sarre : en effet, contrairement à une idée trop largement répandue, personne n'a été surpris par le fait que les Allemands cherchent à contourner la ligne Maginot en passant par la Belgique, car tous les généraux français avaient vécu la Première Guerre mondiale et savaient que les Allemands étaient déjà passés par la Belgique en 1914 à cause des fortifications françaises.

Et ainsi obliger le Royaume-Uni garante de la Belgique, à se battre contre l'Allemagne aux cotés de la France.

Les travaux commencent en 1928, non pas face à l'Allemagne mais face à l'Italie, car le fascisme italien est à l'époque plus menaçant que la République de Weimar allemande. De nombreux chantiers sont ouverts au cours de l'année 1929 dans les Alpes mais aussi dans le Nord-Est. Les crédits alloués à la construction des fortifications sont votés par le Sénat le 14 janvier 1930 (avec 90 % des voix). À la tribune se tient André Maginot, ministre de la Guerre, ancien combattant grièvement blessé en 1914, l'un des plus fervents défenseurs de la fortification des frontières. C'est ainsi que, dans la mémoire collective, la ligne fortifiée reste associée au nom de cet homme.

 

Les premiers crédits s'élèvent à 2,9 milliards de francs de l'époque (soit 1,7 milliard d'euros). Au total, la ligne Maginot coûtera plus de 5 milliards de francs, ce qui ne représente pas une dépense particulièrement importante dans un budget de l'État, surtout que, du fait de la crise économique et de l'inflation constante, les dépenses seront compressées au maximum, ce qui se ressentira sur la qualité des réalisations.

 

La construction s’active jusqu'en 1933, date à laquelle le gros-œuvre des principaux ouvrages est terminé. En 1934, une nouvelle série de chantiers s'ouvre dans le Nord-Est dans la Sarre française et autour de Montmédy face à la Belgique. En 1935, (après l'arrivée au pouvoir d'Hitler et les revendications de Mussolini), des crédits supplémentaires sont alloués pour tenter de couvrir toute la frontière, mais ces constructions dites « des nouveaux fronts » n’auront ni la valeur, ni l'efficacité des premiers ouvrages. La CORF est dissoute et ses compétences sont transmises aux commandants d'armée locaux. En 1936, on peut considérer que la Ligne Maginot est terminée. Dans les années qui suivent, les Services Techniques du Génie (STG) et la Main d’Œuvre Militaire (MOM) construisent des milliers de blockhaus tout le long de la frontière, au-delà même des « anciens fronts » bâtis par la CORF ; cette campagne de construction se poursuivra jusqu'en 1940 et témoigne d'un changement de doctrine dans l'utilisation de la Ligne Maginot, puisque, conçue à l'origine comme uniquement un moyen d'arrêter une offensive brutale de faible envergure, elle est à présent considérée comme une muraille de béton infranchissable capable de retenir des armées entières, ce qui n’était pas son but originel.

 

La ligne n'évita pas l'effondrement de la France au début de la Seconde Guerre mondiale en 1940, dans la mesure où les divisions allemandes la contourneront en attaquant dans la région de Sedan, au-delà de son extrémité ouest (cf. percée de Sedan). Les armées alliées furent ainsi coupées en deux. Une partie de l'armée française, les troupes britanniques et belges ont été encerclées et repoussées vers les plages de Dunkerque où les Britanniques parviendront à envoyer des centaines de bateaux pour réembarquer les soldats pris au piège, dans le cadre de l'Opération Dynamo. Les armées de l'Est, troupes d'intervalles et régiments massés derrière la ligne, ont été prises en tenaille entre la frontière allemande et les divisions mécanisées allemandes qui avaient atteint la frontière suisse.

 

La ligne Maginot ne se poursuit pas jusqu'à la mer du Nord, mais s'arrête à Montmédy, face à la frontière belge. En effet, sa construction a eu lieu dans le cadre d'une coopération militaire franco-belge qui assurait la complémentarité des systèmes défensifs des deux pays face à l'Allemagne. Malheureusement, les Belges mirent fin à cette coopération en se déclarant neutres en 1936. Cette rupture contraignit les Français à adopter une stratégie hasardeuse qui consistait à traverser la Belgique dès l'invasion allemande, ce qui se soldera par un cuisant échec en mai 1940.

 

Aux lendemains de la Grande Guerre, à cause de l'hécatombe des premiers mois de l'offensive allemande en 1914, de la guerre de position dans les tranchées, des destructions infligées aux villes et aux bassins industriels et des sentiments pacifistes dans la population française, l’état-major français décida pour la « prochaine guerre » contre l'Allemagne qu’il fallait passer d’une stratégie offensive à une stratégie défensive. La ligne Maginot s'arrêtait donc à la lisière du massif des Ardennes que certains experts comme le maréchal Pétain, héros de Verdun, jugeait « impénétrable » (1934) aux troupes mécanisées, au même titre que la Meuse et le canal Albert en Belgique. C'est ainsi que se développa un sentiment de sécurité avec la ligne Maginot, pratiquement chaque Français était persuadé d'être à l'abri de toute agression allemande. En réalité, la ligne Maginot n'avait pas été conçue pour servir de rempart inexpugnable et invincible, mais uniquement pour retenir une offensive allemande brutale le temps de procéder à la mobilisation générale dans de bonnes conditions. Malheureusement, en 1940, le Haut-Commandement l'utilisa en dépit du bon sens, et ceci a sa part de responsabilité dans le désastre de la campagne de France.

 

Ainsi, rassuré par cet immense dispositif et englué dans une doctrine inadaptée à la guerre moderne déclenchée par Hitler, le Haut-Commandement négligea de constituer une force d’attaque mobile en regroupant les blindés en groupes puissants, à l’instar des divisions de Panzer de la Wehrmacht. Cet état de fait est aggravé par la crise politique que traverse la IIIe République sclérosée, affaiblie et inerte face aux coups de force hitlériens. Lorsqu’elle est poussée à déclarer la guerre à l'Allemagne, elle continue à se voiler la face et à refuser la réalité, réalité qui se rappellera brusquement à elle le 10 mai 1940, lorsque l’offensive allemande se déclenche. Dans le chaos qui règne ensuite dans l’armée française, la ligne Maginot occupe une place à part, puisqu’elle résistera, souvent victorieusement, alors que derrière elle, le pays tout entier s'effondre : le 14 juin 1940, jour de la prise de Paris par la Wehrmacht, les défenseurs des fortifications de la Sarre infligent une sévère défaite aux Allemands, malgré des conditions très difficiles. Lors de la signature de l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940, la quasi-totalité de la ligne, soit 400 000 soldats, résiste encore, et ce n'est qu'une semaine plus tard, le 1er juillet, que les équipages de la ligne, invaincus, doivent partir en captivité en Allemagne.

 

Les Italiens, à 10 contre 1, ne seront pas plus heureux et se verront soit repoussés, soit bloqués par les forts des Alpes. Le capitaine commandant l'ouvrage avancé de Menton-Garavan, prenant le soin de fermer à clef, avant de partir avec armes et bagages, son bastion invaincu lors de l'armistice franco-italien.

 

 

 

 

 

 

Source: Wikipédia Encyclopédie

Publié dans HISTOIRE

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