Mardi 13 juin 2006
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 LETTRES DE SOUVENIRS

 

 

 

 

brigadier chef

Photo : collection personnelle

  

 

 

 

 

Début janvier le 1er RCA commence à se trouver singulièrement à l'étroit au Camp Garnier avec ses 12 escadrons de combat et son EHR (Escadron Hors Rang,  qui englobe l'Etat-Major du régiment, ses différents services administratifs et logistiques), et encore n'a t'il toujours pas de matériel de combat.. Aussi est-il envisagé dans la perspective prochaine de la perception de ses chars, de lui donner “de l'air et de l'espace” en l'envoyant bivouaquer en dehors de Rabat.

 

 

 

 

Le 1er février, jeune brigadier frais émoulu, je rejoins mon escadron où mon capitaine m'affecte au PHR (peloton hors rang) où, dans les services administratifs, je prends les fonctions de “comptable matières”, c'est à dire que je suis chargé de réceptionner les matériels chars, véhicules à roues, armement qui vont nous être attribués, d'en assurer la gestion, de comptabiliser les munitions ainsi que les carburants nécessaires à l'utilisation de ces matériels. Ceci pour le “temps de paix” car, pour le temps de guerre, lorsque nous serons engagés dans le combat, j'aurais à apporter, dans n'importe quelles circonstances, avec mes camions, les munitions aux chars qui en manqueraient ainsi que les “jerricans” de carburant qui leurs seraient nécessaires, mais de cela j'aurai l'occasion de reparler.

 

 

 

 

Vers le 4 ou 5 février, dans le cadre du régiment, mon escadron quitte Rabat en camions et va bivouaquer dans la forêt de chênes-liège d’Ain Sibarra, à une cinquantaine de kilomètres environ à l'Est de Rabat. Chacun des 5 pelotons de l'escadron, un PHR, un peloton échelon chargé des dépannages du matériel auto-chars et les trois pelotons de combat,  perçoit 2 tentes “marabout”(tente conique pouvant loger, chacune, une bonne douzaine d'hommes) et la vie au grand air commence. Les futurs pilotes de chars (6 à 7 par peloton) partent à Casa pour recevoir une formation rapide, ce qui ne posera pas de problème particulier car, parmi les “pieds-noirs”, (c'est ainsi que l'on appelle affectueusement les français installés en Algérie et au Maroc) mobilisés, beaucoup sont déjà titulaires du permis “poids-lourds”,

Il a été décidé que, pour chacun des escadrons du 1er RCA, tous les véhicules seraient “baptisés” avec des noms de villes, de régions, de personnages célèbres, de batailles, commençant, par escadron, par la même initiale. Pour mon escadron ce sera la lettre N, c'est ainsi que nous aurons des chars baptisés Narvick, Ney ou Normandie par exemple.

 

 

 

 

Aussitôt l'école d'équipage commence, puis l'école de peloton afin de rendre, aussi rapidement que possible l'escadron opérationnel. Voilà pour le coté matériel. A présent, il s'agit aussi de nous vêtir car, chacun en convient, notre “accoutrement” du moment est peu compatible avec 1e service à bord d'un char.  Les Américains nous fournissent donc un paquetage à peu près identique à celui de leurs GI’s mais, comme nous ne sommes pas “français pour rien”... nos chefs (certains du moins et pas tous, heureusement!) voudraient apporter une “touche” particulière à nos uniformes afin qu'on ne nous confonde pas avec les “boys”.  Certains “grands chefs” préconisent que tirailleurs, spahis et chasseurs d'Afrique continuent à être coiffés de la chéchia. Oui, je ne plaisante pas! D’autres estiment que le port de la ceinture rouge devrait être maintenu.  Fort heureusement personne cependant ne demande que le port des “bandes molletières” soit préféré à celui des leggins de toile que comporte le paquetage US  Il paraît que les Américains n'avaient pas du tout apprécié ces prétentions ridicules et avaient menacé de ne rien fournir.  Finalement il est décidé que nous nous distinguerions des “boys” par le port d'une cravate noire au lieu de leur cravate beige, ce qui, d'ailleurs, ne durera pas bien longtemps et nous en viendrons à la cravate beige nous aussi. Toutefois, en tenue de sortie, nous nous distinguerons par le port de “calots d'armes”, identiques quant à la forme aux calots américains mais de couleurs différentes selon les armes (en particulier bleu ciel avec soufflet jaune pour les chasseurs d'Afrique, rouge avec soufflet jaune pour les spahis, bleu très foncé avec soufflet rouge pour les cuirassiers.)

 

 

 

 

Les semaines et les mois passent. Nous suivons avec beaucoup d'intérêt le total retournement de « la fortune des armes. » Les Allemands désormais, reculent partout en Russie mais aussi, et surtout, en Afrique où la 8ème Armée de “Monty” a raccompagné l'Afrika Korps jusqu'en Tunisie, le contraignant à la capitulation. A la mi-mai, il n'y a plus d'Allemands en Afrique.

Fin juin, les équipages de chars ont acquis une maîtrise suffisante de leur matériel pour être considérés désormais comme “opérationnels” aussi, début juillet, le régiment quitte t'il la forêt d'Ain Sibarra pour Rabat et ses environs. Mon escadron va bivouaquer dans la banlieue de Rabat, dans le parc de l'Aguedal. C'est là que nous apprenons le débarquement américain en Sicile, l'invasion de l'Europe  a commencé. Le 14 juillet nous défilons avec nos chars dans l'avenue Dar El Maghzen, principale avenue de Rabat.

 

 

 

 

Fin juillet, alors que je viens d'être promu Brigadier-Chef, le régiment quitte le Maroc pour l'Algérie où nous allons bivouaquer au sud d'Oran, dans la forêt de Boutin  (15 kms au sud-est de Sidi Bel Abbés.) Les chars sont transportés par voie ferrée, les véhicules à roues par la route. C'est là que nous participons à nos premières “grandes manœuvres” avec tirs réels avec toutes les armes.

 

 

 

 

Le 1er septembre, le 1er Régiment de Chasseurs d'Afrique est scindé en deux, donnant ainsi naissance au 1er RCA et au 1er RCA bis, en attendant de lui donner une autre dénomination. Chacun  de ces nouveaux régiments est constitué d'un escadron hors rang, d'un Etat-Major, d'un escadron de chars légers, portant le numéro I, et de trois escadrons de chars moyens Sherman, portant les numéros 2, 3 et 4.  Mon escadron devient le 4ème escadron du 1er RCA bis, mes amis Lasserre et Lamotte en sont également.

 

 

 

 

Nous apprenons le débarquement américain en Italie et, le 2 novembre, nous quittons les bois de Boutin pour aller nous installer un peu plus au nord, dans la région de Mascara, à Mercier-Lacombe, en cantonnement-bivouac, où nous restons un peu plus d'un mois. Cet automne est très pluvieux, les jours passent lentement. Heureusement que nos camarades “pieds-noirs”, dont beaucoup sont originaires de la région d'Oran, mettent de l'animation dans nos rangs avec leurs orchestres improvisés et leurs chansons. Ah! Messas, Yrles, Pacifico,.Pamies, Navarro, Tognet et les autres, si vous saviez combien votre bonne humeur, votre joie de vivre, nous ont aidés, nous, les “Francaouis” (pour les “pieds-noirs”, les Français de France) à trouver le temps moins long. Rares, parmi vous, étaient ceux qui connaissaient déjà la France, et pourtant vous étiez autant que nous prêts à aller vous battre et peut-être mourir pour elle.

 

 

 

 

Le 11 décembre, le régiment en entier se porte à l'embouchure de la Macta, au fond du golfe d'Arzeuw, en cantonnement à Fornaka. Nous sommes tout près d'Oran et nous nous prenons à espérer que notre embarquement est peut-être tout proche. Eh bien non! Certes, embarquement il y aura, mais à titre instructif seulement. L'escadron suit en effet un entraînement de 3 semaines au Fifth Army Invasion Training Center. Au cours de ce stage les équipages sont entraînés à embarquer  dans les LST (Landing Ship Tanks), à arrimer les chars puis, le LST s'étant éloigné d'environ 200 mètres de la plage, de débarquer les chars, entièrement « waterproofés » disparaissant totalement dans l'eau (seules deux grosses cheminées soudées sur les “plaques moteur”: une pour l'admission de l'air, l'autre pour l'évacuation des gaz d'échappement, émergeant de la surface). Guidés par radio ils roulent sur le fond de la mer jusqu'à la plage où ils émergent!.  Je n'ai participé à ces exercices que comme spectateur et, aux dires de ceux qui les ont pratiqués, il ne faut pas souffrir de claustrophobie et avoir une totale confiance dans son matériel. Ils sont tout de même, nerveusement très éprouvants.

 

 

 

 

C’est au cours de ce stage que nous clôturons l’année 1943 et nous commençons à nous demander quand va venir notre tour d'entrer dans la danse, car déjà un Corps expéditionnaire Français a débarqué en Corse et un autre aux ordres du Général Juin participe, avec l’armée du Général Clark, à la campagne d'Italie dans le secteur montagneux des Apennins, au Belvédère et à Monte Cassino.

 

 

 

 

 

 

Récit : Raymond Lescasteyres

par Lisa Decamps publié dans : Témoignages
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Commentaires

fils de l'Adjudant Chef CHERON Guy
apparteneant au RICM
basé au camp Garnier
pouvons nous correspondre ?
salutations
commentaire n° : 1 posté par : cheron le: 12/05/2008 19:01:41

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