Lettre d'un fusillé

Publié le par Lisa Decamps

LA LETTRE D'UN FUSILLE

Pierre LAMANDE,

Ingénieur, Lieutenant-Colonel des F.T.P

Fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien.

Photo : auteur inconnu

Ma chère petite femme,

 

Je viens d'apprendre que je serai fusillé aujourd'hui à quatre heures. Je ne te demande pas d'être courageuse, je sais que tu l'es, mais je te demande d'être fière de ton mari, car il meurt parce qu'il a voulu que la France soit libre et heureuse et que volontairement il a donné sa vie pour défendre son idéal; je sais que la lutte que nous avons entreprise ne sera pas abandonnée, et que bientôt la victoire viendra couronner notre sacrifice.

Ma chère petite femme, je suis triste de te quitter, mais je t'ai toujours aimée depuis quatre ans et le souvenir de notre grand amour sera pour toi, j'en suis sûr, d'un grand réconfort. Nos chers petits sauront te donner tout l'amour que je ne pourrais plus t'accorder. Je les ai bien aimés et je te demande de plus les aimer encore en souvenir de moi.

Tu sauras les élever selon les principes suivant lesquels nous avons vécu, et je suis heureux qu'ils connaîtront le bonheur et la vie libre pour laquelle nous avons lutté. Ils verront enfin cette France libre et heureuse.

Ma chère petite femme, je voudrais encore te dire combien je t'ai aimée et combien ton amour pour moi fut une joie et un soutien; le souvenir des jours heureux que nous avons vécus ensemble, le souvenir des jours de peine que nous avons partagés restent pour moi ma dernière joie. Je regrette de te laisser ainsi seule au début de la vie, mais nos chers petits sont le meilleur gage de notre amour.

Ma chère petite femme, je ne te demande pas de m'oublier; mais je voudrais que ta douleur ne soit trop longue et que tu reprennes courageusement et gaiement le chemin de la vie.

Jusqu'au dernier moment, tu auras été pour moi ma grande joie et ma dernière pensée. Dis bonjour et courage à tous mes amis, la victoire approche, mon souvenir à tes parents.

Ma chérie, je t'embrasse tendrement mille et mille fois, mon amour

PIERRE

Publié dans RESISTANCE-MEMOIRES

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Ronan 07/10/2005 11:17

C'était quand même pas des hommes ordinaires...du courage jusqu'au bout...rspect.