Face à l'exode

Publié le par Lisa Decamps

FACE A L'EXODE

Photo : auteur inconnu

" Le froid devenait rigoureux, et le verglas rendait souvent difficiles les liasons avec Paris. Au printemps la guerre sortit de sa période stagnante. Ce fut alors l'invasion, avec tout ce qu'elle entraîna de misère et d'épouvante. Nous vîmes d'abord les réfugiés belges, bientôt suivis des Français des départements du Nord. Le téléphone était coupé. Nous ne pouvions plus communiquer avec Paris, et le peu de nouvelles qui nous parvenaient ne s'accordaient pas avec celles que donnaient la radio. Le nombre de réfugiés allait croissant. L'arrivée de ceux de Luzarches qui n'était qu'à quelques kilomètres de notre village sema la panique. Tous les commerçants fermèrent leurs boutiques, y compris les magasins d'alimentation, et la ville se vida en un seul jour. Il nous fallut partir aussi, sous peine de mourrir de faim. Il nous restait juste assez d'essence pour gagner Paris. La Capitale était presque déserte, la plupart des hôtels étaient fermés, et parmi les gens que nous connaissions beaucoup étaient partis.

Nous fîmes par trouver asile chez une amie, qui habitait rue Boileau, une petite chambre où nous passâmes la nuit à trois sans compter son chien et notre chatte. Le lendemain, un autre ami nous donna l'hospitalité dans un appartement de la rue Michel-Ange. Lorsque nous sortions, durant ces jours de cauchemars, la rue d'en face était occupée d'une cantine que plusieurs dames avaient installé devant leurs portes, pour ravitailler les malheureux qui fuyaient devant l'envahisseur.

Cette population en exode, ce tableau d'horreur comment l'oublier: femmes, enfants, vieillards s'en allan, les plus valides à pied, les autres entassés sur des charrettes, pêle-mêle avec les chiens, les chats, la volaille, le mobilier et les matelas ou les ustensiles de cuisine. Je me souviens encore de cette femme extenuée qui traînait quatre jeunes enfants et portait un nourisson dans ses bras.

La population parisienne était réduite à l'extrême. Certains, pour assurer la garde de l'immeuble  qu'ils habitaient, s'étaient installés dans la loge désertée par le concierge.

L'angoisse fut grande durant ces jours où l'on ignorait encore si la capitale serait ou non déclarée ville ouverte.

Le 14 juin, les Allemands entraient dans Paris. Nous les vîmes arriver par la porte de Saint-Cloud. Comme nous, tout au long des rues beaucoup de gens pleuraient. "

Publié dans TÉMOIGNAGES

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Mickael 08/10/2005 17:13

L'exode... un vrai drame ! Comme l'humain peut-il se montrer aussi cruel envers ses semblables ? Les animaux devraient nous donner des leçons. Ce ne sont pas eux les bêtes ou les monstres.