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BIOGRAPHIES

Lundi 10 octobre 2005
5

UN HEROS DE L'OMBRE

André Rondenay

 

Automne 1940. Depuis quelques mois l’armistice a été signé entre l’Allemagne et le gouvernement de Vichy. Depuis le 18 juin, la lutte a repris sous l’impulsion du Général de Gaulle, et sous un autre aspect. Mais comment le sauraient-ils ces hommes, faits prisonniers par centaines de mille, sans que, pour la plupart, ils aient eu à tirer un seul coup de fusil ?

 La trahison ? Mot facile à dire qui ne résolvait rien, mais avait le mérite de dégager toute responsabilité alors que celle du pays tout entier était engagée. En tout cas, la captivité était là avec toutes ses conséquences et ses humiliations, pour une durée, hélas illimitée. C’est à quoi songent, tristement les officiers français de l’Oflag XIIB, prisonniers dans la citadelle de Mayence.

 Un entraîneur

 Soudain, une file de camions fait son entrée dans la cour. Un orchestre endiablé joue un refrain mis à la mode par Maurice chevalier au cours des années d’avant guerre. Un p’tit air.

 Bientôt on se précipite, on entoure les nouveaux arrivants.

 -         Rondenay, André Rondenay, s’écrie Boscheron, reconnaissant dans celui qui paraît être le chef, un grand garçon, au visage fier, son ancien  condisciple de Saint Louis et de l’Ecole Polytechnique.

 Nous savions par Boscheron quel personnage extraordinaire était cet André Rondenay. Habile dans les travaux manuels tout autant que dans ceux de l’esprit, il avait stupéfié condisciples et professeurs en faisant un jour un pari, alors qu’il était à Saint-Louis, d’écrire sa composition française en vers, tant étaient grandes ses facilités à versifier.

 Le poète était aussi habile dans les travaux manuels. Ses doigts confectionnaient en un tournemain des clés capables d’ouvrir les serrures les plus compliquées.

 Après polytechnique, il entre en 1936 à l’Ecole d’artillerie de Fontainebleau, en juin 1938, il est affecté au 39e d’artillerie à Metz.  

 

 

 

   En 1939, son régiment se va en Sarre, puis en Lorraine. Lieutenant, il commande une batterie lorsqu’il  est fait prisonnier le 20 juin 1940.

 L’évasion réussira t-elle?

 

    Huit jours après, il finit par découvrir un petit pont situé derrière les barbelés. Le plan s’établit dans son esprit immédiatement : franchir les barbelés, se glisser sous le pont et attendre la nuit. Faire ensuite le mur de la citadelle. Mais ça sera pour une autre fois, car il serait trop vite repéré, seul Boscheron pourra partir pour l'instant. Pour cela, il lui faut deux planches pour séparer les barbelés. Or les prisonniers ont droit à un atelier de théâtre. Ce dimanche ils doivent jouer Knock, et ils ont pu avoir trois planches pour simuler la voiture.

 Le jour venu, tout se passe comme prévu, entre le premier et le second acte, deux sentinelles se précipitent pour arrêter une bagarre. Rondenay dresse rapidement une planche en diagonale, puis Boscheron pose à plat la seconde sur la barrière et saute dans le fossé. Il rampe jusqu’au pont et va se terrer dans son trou.  L’opération a duré quatorze secondes….

   

(A SUIVRE)

 

 

 

 

 

 

 

Par Lisa Decamps
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Mercredi 12 octobre 2005
5

 

UN HEROS DE L'OMBRE

 

André Rondenay

 

Un bon serrurier

 Rondenay médite alors l’évasion de cinquante prisonniers. Il a appris d’un commandant qui se trouvait en occupation à Mayence en 1918, l’existence au cœur même de la citadelle d’un souterrain à moitié éboulé qui, autrefois débouchait dans la campagne.

 -         L’entrée se trouve dans les sous-sols, précise le commandant.

  Rondenay part à la recherche du souterrain. Avec un camarade, il a tôt fait de le découvrir, mais tous deux se trouvent soudain devant une lourde porte de fer. Mais André Rondenay prend tranquillement l’empreinte de la serrure.

 

 

 

 

Le lendemain lui suffit pour confectionner une clef et la nuit suivante, ils se retrouvent à nouveau devant la porte.  

 

-         Patience, patience, mon commandant, dit Rondenay. Il faut aller doucement, je ne dispose que d’outils de fortune.

 

Enfin après une heure d’efforts, le la serrure finit par s’ouvrir.

 Ils s’aventurent alors dans un long couloir. Rondenay craque des allumettes pour s’éclairer et remet les bouts à son compagnon afin de ne laisser aucune trace de leur exploration. Au bout de quelques mètres, ils doivent s’arrêter, tout est muré. Rondenay que rien ne rebute dit qu’il prendra les angles exacts de direction, les longueurs et faire un plan pour déterminer l’endroit où creuser. Quelques jours  plus tard, ils sont quarante huit à se relayer par équipe de quatre.

 Après des nuits d’effort, le souterrain est enfin atteint. Un tunnel de 300 mètres leur apparaît. La liberté est au bout. Les prisonniers sont frénétiques. Mais un nouveau sujet d’inquiétude surgit. Les Allemands ont commencé à construire des hangars supplémentaires et enfoncent des piquets sur le souterrain creusé par les prisonniers. C’est la catastrophe. Les hommes de Rondenay qui de loin assistent à cette besogne, voient tout à coup disparaître dans le sol, brusquement ouvert sous lui, le soldat qui plantait le dernier pieu.

 

Passeront-ils ?

 

Le beau projet d’évasion collective est anéanti par ce coup de maillet. Toute la chambrée est consignée. Rondenay dénoncé comme le chef du complot doit faire ses bagages. Il est dirigé vers le camps de représailles de Colditz en Saxe.

 Là il est placé non dans la section des évadés, mais dans celle des « politiques » où la discipline est plus dure. Il n’a donc pas le temps de préparer une nouvelle évasion  car il est transféré déjà à Lübeck où il a la joie de retrouver l’un de ses camarades, Blanguernon, qui l’informe aussitôt :

  - Ici, discpline de fer. Nous avons des hôtes de marque : le fils de Staline et le neveu de Churchill. C’est le camp d’où on ne s’évade pas.

 -         C’est que nous verrons, répond Rondenay optimiste.

 A l’inspection des bagages, rien d’anormal hormis un vêtement d’officier de marine, qui lui est confisqué mais que Rondenay récupère aussitôt. Une nouvelle fouille est ordonnée. Le soldat chargé de la besogne bouleverse les bagages de Rondenay, tâte ses vêtements, se penche pour vérifier les doublures du pantalon. Rondenay aperçoit alors dépassant de la poche de l’homme, une carte de libre circulation dans le camp de Lübeck En quelques secondes il s’en saisit et, bras tendus derrière le dos du curieux, il note dans sa tête la couleur, la dimension, le texte, les cachets, la disposition des caractères et la remet en place, sans que l’Allemand se soit aperçu de quoi que soit.

 Le soir même, il confectionne deux cartes de circulation.  Il va rendre visite au magasin d’habillement où ses incursions précédentes lui ont permis de repérer des bourgerons. Il pourra ainsi filer à la nuit tombante avec son camarade, en passant par la grande porte, seul moyen de s’évader d’un camp aussi étroitement surveillé.

 Le lendamain, le cœur battant, ils se dirigent vers la sortie.

 Ils savent qu’il leur faut réussir  tout prix. Ici, on ne plaisante pas. Les voici à dix mètres de la sortie….Personne.

 Ils sont sauvés…Non ! La porte du corps de garde s’ouvre et l’oberst paraît se dirigeant vers eux.

 En un éclair Rondenay réagit.

 -         Parlons allemand vite.

 Et ils enchaînent.

 C’est l’instant décisif. Ils sont arrivés à la hauteur de l’officier, s’arrêtent, claquent des talons saluent. L’oberst leur rend distraitement leur salut et passe.

 L’obstacle est franchi. Les voilà libres !

 Libres

 Les compagnons se séparent. Rondenay s’empresse de gagner vers Hambourg, puis Mayence.

 Il est maintenant tout à fait en règle  puisque ses faux contrats de travail sont pour cette région. De Mayence, il se dirige vers Strasbourg. A la frontière, il se mêle à un groupe d’ouvriers rentrant en France. Bientôt il est à Belfort, puis à Dijon où il est reçu par des amis sûrs.

 Il veut rejoindre le général de Gaulle. Il va donc rallier Londres en passant, après tant d’autres, par Espagne.

 Arrêté en Espagne, comme sujet britannique, il s’évade de l’hôtel où il a été placé en résidence surveillée. Il franchit alors la frontière avec trois camarades. Dans la première ville qu’ils rencontrent, ils se font conduire au consulat américain et se font reconnaître. On les dirige sur Lisbonne. Mais avant de pouvoir servir, il leur faut subir un interrogatoire pour vérifier de leur véritable identité.  Une fois fait, il est présenté au général qui le félicite chaudement pour son courage et son esprit d’initiative. Il lui confie alors, une mission dangereuse et extrêmement importante…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(A SUIVRE)

 

 

 

 

 

Par Lisa Decamps
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Jeudi 13 octobre 2005
5

 

UN HEROS DE L'OMBRE

 

André Rondenay

 

 

Photo: http://www.ordredelalibération.fr

Il s'agissait de l'application du plan "Tortue": destruction d'usines travaillant en France pour le compte de l'Allemagne, mise en place de nouveaux groupes de combats en liaison avec les résistances locales, lutte antichars lors du débarquement allié.

On lui demande alors de prendre un nom d'emprunt, il choisit celui de son fils Claude à qui il dédie son nouveau grade, et le nom de Lemnicaste, pour son goût de la géométrie.

 

Gestapo et aventures

 

Un jour de septembre 1943, Mme Rondenay reçoit un message d'un mystérieux M.Aubert. En fait, c'est André. Il lui explique comment il a pu rejoindre l'Angleterre et l'importance de ses missions. Il vient d'être parachutéen Normandie.  Il lui faut recruter un personnel nombreux pour préparer les combats futurs. Il refuse de voir son petit Claude dans la crainte d'une indiscrétion involontaire de l'enfant et c'est pour lui un très grand sacrifice.

En quelque mois, il organise complètement les régions du Nord et de l'Ouest, prend contact avec les chfs, de tous les noyaux de résistance et enfin, grâce à l'extrême précision de ses rapports, fait comprendre aux états majors français et alliés la valeur de l'aide qui leur sera fournie par les Forces Françaises de l'Intérieur.

Janvier 1944. Il est nommé par Londres délégué militaire du gouvernement provisoire pour la région parisienne.

Apprenant que les usines travaillant pour les Allemands doivent être pillonées et sachant les pertes subies par les populations lors des derniers bombardements, il demande et obtient la remise de ces opérations, car il se fait fort, grâce à des sabotages savamment menés, de les anéantir.

Combien de Parisiens lui doivent ainsi la vie!

Il réussit parfaitement, détruisant les lignes de haute tension qui alimentent les usines.

La Gestapo ne chôme pas non plus. Elle voudrait mettre la main sur ce Jean Louis Lebelle - c'est le nouveau pseudonyme de Rondenay- qui cause tant de dégâts.

Avril 1944. Il est nommé chef d'escadron et son autorité s'étend désormais depuis la Belgique jusqu'à la Loire. Il mulitiplie les coups de main les plus audacieux: expéditions sur Saint Etienne, maquis de Normandie, sabotages dans la région de Beauvais, etc...

Il vit mille aventures aussi dangereuses que pittoresques. Tandis qu'il transporte au maquis de l'Aube des armes parachutées de la veille, il rencontre trois soldats allemands faisant de l'auto-stop, il accepte de les prendre dans sa voiture et les installe sur les caisses de munitions.

Sa tête est mise à prix en ce mois de mai 1944 pour cinq millions!

Rondenay continue à silloner avec sa même audace toutes les routes de France.

 

Il y avait un traître

Rondenay était heureux, Solange, sa femme, lui a confié son attente d'un heureux évènement.

Hélas! cet enfant, un deuxième garçon, il ne le connaîtra jamais.

Juin 1944. Il sait que le débarquement est proche,  il doit se rendre dans le Nord pour mettre la dernière main au plan de destruction  et de retardement des unités de réserve des Panzers.

Hélàs, sa chance allait tourner. Un traître alléché par le gain des cinq millions, celui là même qui avait déjà révélé aux Allemands le nom d'emprunt de Rondenay, va rue des Saussaies promettre de le livrer.

Un piège est donc tendu.

Il rentre à Paris le 26 juillet à la suite d'une escarmouche dans le maquis. Le 27, il a un rendez-vous vers onze heures, avec un responsable de son réseau.

Conduit rue des Saussaies, il joue l'innocence. La Gestapo prend l'affaire en main. Avenue Foch, le capitaine Wagner, de sinistre mémoire, le fait torturer. Pendant huit jours, il connaît le supplice de la baignoire. Il résiste et ne révèle rien.

Le huitième jour, alors que Wagner le presse encore de questions, par un effort surhumain, soulève ses jambes hors de l'eau et , frappant son tortionnaire à la nuque, d'un vigoureux coup de pied il tente de le précipiter à son tour dans l'eau glacée.

En Normandie, la retraite allemande se poursuit, Rondenay, et plusieurs de ses camarades sont poussés dans des camions.

Ils arrivent à la gare de Pantin. Là, on les fait descendre brutalement, puis ils sont dirigés vers les wagons de marchandises. Alors que Rondenay et les autres prisonniers préparent un plan d'évaion par le fond du wagon dès le demarrage du train. Mais un groupe d'allemands approche du wagon. De temps à temps, ils s'arrêtent et l'on entend crier un nom:

- Louis Lerouge!

- Présent!

-Descendez!

L'homme est aussitôt saisi et emmené auprès de deux autres compagnons d'infortune. Le lugubre appel continue:

- Alain de Beaufort!

- Présent!

-Descendez!

Arrivé devant Rondenay, le feldwebel appelle:

- Jean Louis Lebelle!

Rondenay ferme les yeux, il espère un moment que ce nom a été jeté au hasard et qu'ils n'ont pas fait le rapprochement.

- Allons Jarry, c'est vous qu'on appelle, descendez, je sais tout de votre identité. lance Wagner

- Présent, répond farouchement Rondenay en sautant du quai.

Les cinq hommes sont parqués dans un camionnette. L'un deux aperçoit soudain une borne: Montmorency, 6 kilomètres. Et puis l'on ne sut plus rien d'eux.

Dans l'après midi du 15 août, la gendarmerie de Domont est avisée qu'un groupe de cinq "terroristes" avait été fusillé aux "Quatre chênes". Seul Lerouge, du même réseau que Rondenay, avait des papiers et put être identifié.

Fin octobre, aux hasards d'une conversation, les amis de Rondenay apprirent où était enterré où était enterré Lerouge. Ils firent ouvrir la fosse du cimetière de Domont. Ils trouvent vingt trois corps de suppliciés. Grâce à sa chemise sur laquelle sa femme, avait brodé au coton rouge Jean Lebel, on put identifier Rondenay.

Le 3 novembre 1945, des obsèques nationales confirmèrent la gloire d'André Rondenay. Elles eurent lieu à Saint Louis des Invalides en présence des membres du gouvernement provisoire.

Au cours de la cérémonie fut lue la dernière citation décernée à André Rondenay:

"Rondenay, André Louis. Colonel d'artillerie. Officier d'élite. Ardent patriote. Prisonnier en juin 1940, s'évade du camp de représailles de Lübeck, pour servir. Rejoint les Forces Françaises Libres. Chargé de missions importantes et périlleuses, en a poursuivi l'exécution pendant près d'un an. Appréhendé par les Allemands, a été torturé, n'a révélé ni son identité, ni ses missions, donnant un témoignage nouveau des ses vertus civiques et de sa force morale. A été fusillé par les Allemands. Etait Chevalier de la Légion d'honneur et Compagnon de la Libération."

On imagine le Résistant, le Patriote, le Poète André Rondenay, murmurant à ses compagnons de dernier voyage, tandis que la camionnette les conduisait sur les lieux de leur supplice, en ce jour du 15 août 1944:

Je vais mourrir et c'est dimanche et c'est avril et j'ai vingt ans!

 

 

ANDRE GILLES ET JEAN LOUIS ALLIBERT

(Historia n°229)

 

 

 

 

 

Par Lisa Decamps
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Jeudi 20 octobre 2005
5

QUI EST L'ABBE FRANZ STOCK?

 

Photo : http://www.editemma.com/iev/142/142_26_1.htm

 

Il faut hélas le rappeler, car en notre temps, on oublie vite le souvenir des morts.

 

Grand, blond, mince racé d'un type que les nazis eussent appelé nordique, il évoquait, parson allure et son visage, les anges sculptés des vieilles cathédrales allemandes.

 

 

Né en Wesphalie dans une famille ouvrière, il avait adhéré spontanément au mouvement des Compagnons de Saint-François. Il orgonisa des pélerinages et des rencontres en France. Ses goûts, sa culture le poussaient vers la France qu'il aimait profondément.

 

 

Séminariste au séminaire des Carmes, puis prêtre au diocèse de Paderborn, il revint à Paris comme aumônier de la colonie allemande. C'est en cette qualité qu'il prit contact avec l'enfer. En 1940, il devint aumônier des prisons de Fresnes, du Cherche-Midi, de la Santé et du Mont-Valérien, où les nazis enfermaient les résistants, et d'une manière générale, tous ceux qui ne leur plaisaient pas.

 

 

Dans cette enfer de tortures, de brutalités et d'angoisses, il incarna la miséricorde divine, donnée à tous, sans acception de race, de classe, de nationalité, de parti, d'opinion. Ce rôle difficile, presque impossible, il le remplit avec une étonnante audace et de prudence mêlée, de tact et de bravoure tranquille.

 

 

Il a consolé d'innombrables misères, préparé à la mort plus d'un millier de condamnés qu'il accompagnait jusqu'au poteau d'exécution.

 

 

Il renseignait discrètement les familles des prisonniers, quand il le pouvait, et prévenait les résistants des dangers encourus.

 

 

Le miracle, c'est qu'il ait pu rester en place jusqu'au bout. Et beaucoup de résistants lui ont rendu hommage...

 

 

(Extrait de la brochure du Mont Valérien; Mémorial de la France Combattante)

(Rédacteur: Robert KOENER)

Par Lisa Decamps
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Mardi 25 octobre 2005
5

SOUS UN MASQUE BLANC...

 

 

Joseph ALCANTARA

(Un résistant hors norme)

 

 

Village de Limoux

photo : http://home.scarlet.be/~mirepoix/streek/afbeeldingen/limoux02.jpg

 

 

 

Le portrait d'un homme simple. Dès l'aube de sa vie, il sera livré à combattre la barbarie des tyrans... Audace, Courage, Héroïsme guideront ses pas...

Né le 15 décembre 1921, dans l'Aude au coeur d'un petit village nommé Limoux, sa mère se prénomme Placide, et son père Joseph. Il sera l'aîné de huit autres enfants, qui le regarderont bientôt avec fierté et admiration.

Travailleur, il s'adonne bien vite à sa grande passion: la cuisine. Il devient alors apprenti, puis réussit son rêve quelques année plus tard.  Mais ce jeune homme aux traits fins, au régard très intelligent, va voir tout à coup sa destinée basculer. Lorsqu'il part à Marseille pour tenter d'ouvrir son propre restaurant, nous sommes alors en 1936. Et Franco vient de prendre le pouvoir en Espagne. Ce pays si cher à sa mère, il va le défendre à sa façon, il  s'engage dans les jeunesses anti-franquiennes... Poursuivi, mais jamais arrêté, cet adolescent savait déjà prendre beaucoup de précautions, et faire preuve de ruses...

Mais son courage va réellement voir le jour, en 1940. L'envahisseur est à Marseille, une troupe de soldats fait halte devant le restaurant, ils entrent et le requisionnent. Mais Joseph Alcantara refuse: Il ne servira que des français... Le commandant menace, si le lendemain il y a toujours refus, le patron sera mis aux arrêts. La nuit venue, nullement impressionné, il préfère abandonner son restaurant plutôt que de se soumettre.

Appelé pour intégrer dans les Landes les camps de jeunesse, il supporte très mal, jusqu'à la fin de l'année 1941, le vêtement militaire vert qui lui est imposé et rejoint Limoux.

 

 

 

Durant cette période, il pousse l'audace avec certains de ses compagnons, à installer leur groupe de résistance à côté du poste de police. Une nuit, repéré par ceux-ci, il les entraînera dans une escapade tout le long du village, afin de les narguer, puis disparaîtra dissimulé derrière une porte que les poursuivants n'aurtont pas remarquer.

 

 

 

En 1943, Le service du travail obligatoire le prend dans son cruel engrenage, il est alors déporté en Allemagne avec plusieurs de ses camarades Limouxins. Il se livre pour l'occasion à un exercice peu ordinaire : sa valise ne contient ni vieilles sandales, ni bleus de travail, mais cravates, chemises blanches, chaussures vernies, costumes et gilets de cérémonie. Dans la Sarre, au camp de Glanmunchwuler, il devra pourtant s'occuper à la réfection des voies de chemin de fer.

Mais il n'avait pas le projet de rester bien longtemps... 

 

 

 Un jour, l'un de ses meilleurs amis, Buxeda, reçoit une permission, Alcantara l'accompagne à la gare et comprend à demi mots que celui-ci n'a pas du tout l'intention de revenir en territoire étranger. Il lui dit alors, d'un ton de défi : "J'arriverai avant toi".

Il monte avec une grande discrétion sur le toit d'un wagon en partance, puis se cache avec les bagages, arc-bouté à une bouche d'aération. Il parvient à descendre avant la frontière qu'il franchit à pied, évite la relève puis marche longtemps, très longtemps au bord d'un petit chemin lorsqu'il entend des voix féminines chanter "Vous avez pris l'Alsace et la Lorraine, mais nos cœurs resteront français". Sauvé, il se présente comme un prisonnier évadé français, demande à manger, se fait indiquer la route et revient à Limoux. Il aura gagné son défi, puisqu'il reviendra avant son ami.

Pourtant il sera vite enlevé à l'affection des siens. Joseph Alcantara est très vite signalé ; clandestinement caché chez ses parents, et il n'a d'autre choix que de partir . Ils se dirige alors  vers le maquis de Buc et Belcastel. Il y fera la connaissance de celle qui deviendra sa fiancée,  la soeur d'un de ses hommes. De caches en encerclements ; de refuges en retraits, d'actions en trahisons, Joseph Alcantara, devient lieutenant des Forces Françaises de l'intérieur, et s'appelle désormais "Paul".

  

 

Lorsqu'un important général, ainsi que des membres éminents de la Résistance sont emprisonnés dans la caserne de Limoux, prêts à être transférés pour y être soumis à la torture s'il le faut, le voici devenu justicier masqué. Tout habillé de blanc, sous un masque de la même couleur, pendant que ses hommes font diversion en tirant sur l'enceinte et les murs, il pénètre avec d'autres dans la prison, et avec une bravoure hors du commun, enlève les prisonniers sous les  regards des sentinelles. Lorsqu'il sortira, il verra son petit frère au milieu d'autres enfants, celui-ci le reconnaîtra aussitôt, rempli de fierté, mais ne dit rien, sachant ce qu'encourt son héros. 

 

 C'est au retour d'une mission qu'il fut trahi le 27 juillet 1944 vers onze heures, dans un virage aux alentours du hameau de Lairière,  alors  qu'il se trouvait avec trois autres compagnons à l'intérieur d'une voiture. Ils sont surpris par un convoi de soldats allemands, qui ouvre aussitôt le feu. Le chauffeur ainsi que l'homme se trouvant à côté de lui, meurent sur le coup. Les autres essaient de sortir, celui qui essaie de se cacher sous le véhicule blessé à la jambe, sera ramené comme prisonnier torturé ignoblement, et mourra sans rien révéler. Joseph Alcantara, une balle à la jambe, une balle à la poitrine, a bu se faire rouler dans un fossé, au milieu des ronces, les allemands tirent encore, puis partent. Nous ne savons pas ce qui s'est passé à partir de cet instant,  hormis que Joseph Alcantara

subira une très longue agonie de  plusieurs heures. On le retrouvera, le lendemain la machoîre écrasée,  ses dents en or dérobées et le corps percé de plusieurs coups. Est-ce  un berger égaré ayant profité de la situation, ou le retour de certains  soldats, pour achever leur victime? Personne ne pourra le dire. Fait titulaire de la Légion d'Honneur et de la Croix de Guerre avec palme  et montera en grade à titre posthume.

 

 

    

Sa mémoire est désormais perpétuée là où il avait connu un bonheur d'enfant.  

 

 

 

Par Lisa Decamps
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